01 décembre 2009
Expiation d'un poisson, par Djimi
Cela ne sert pas à grand chose de se demander pourquoi. C’est souvent plus long à comprendre et plus complexe, surtout pour soi-même. Chacun a son histoire, chacun a ses raisons. Que l’on commence par le cannabis, c’est certain. Comme on a commencé à acheter tout ce qui est achetable, ou à consommer ce qui l’est, ou à braver l’inaccessible…
Lorsqu’on a pris goût à l’alcool, cela arrive qu’on cherche à découvrir d’autres substances enivrantes. Il suffit d’un minimum d’ouverture d’esprit et d’un maximum de manque de lucidité. Mais l’un entraînant souvent l’autre…
C’est ainsi qu’en observant les compagnons de quartier cuisiner leur petite dose quotidienne à plusieurs reprises. C’est ainsi qu’en écoutant pleurer d’autres compagnons, cherchant une voie de sortie. C’est ainsi, enfin, qu’en cajolant ta chérie du moment qui n’en finit jamais de mourir. C’est ainsi, à vrai dire, que dans un élan suicidaire aux faux relents d’héroïsme que tu plantes ta première veine…
Après c’est un enchaînement. Plus question de chronologie, ici. Tu as mis un pied dedans, si tu ne sais pas faire le grand écart, tu y restes. Longtemps ou nulle part. Tu commences d’abord par oublier : qui tu es, ce que tu as été et il n’est plus question de demain…
Si tu devais faire un rapide parallèle, ce serait celui du retour à l’enfance : innocence, insouciance, des tristesses soudaines et des passions pour peu de choses. Et cette impression morbide qui te mange toujours un peu plus…
Tu regardes tes bras et tu les caches. Pas à cause des autres, ça tu t’en fous, au fond. Mais pour toi. Car toujours cette peur, cette peur de t’infecter, de pourrir. Tu maigris. « Ah, oui ? ». Ce sont les autres qui te le font remarquer. « Tu es bien pâle ! ». Mais tu t’en fous. Seules les choses essentielles pour toi comptent. C’est encore autre chose que ta petite dose du jour. Non, c’est juste d’être là. Etre là et regarder. Regarder quoi ? Qui sait, en fin de compte…Car ce n’est jamais ni les autres, ni toi. Peut-être l’infini ou alors cette chose si insignifiante pour beaucoup : l’oubli…
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Puis le rouge t’a appelé. De l’autre côté de cette rue. Tu as pris conscience de ce scintillement, là bas.
Tu as articulé ces lourdes jambes engourdies qui sommeillaient avec toi et tu t’es levé. Tu as marché. Tout droit. Derrière tes mains tendues, qui ont fini par rencontrer quelque chose qui te refusait l’accès à ce rouge. Tu as touché, tapé, roulé ton corps sur cette chose invisible et tu t’es élancé. Puis c’est un fracas de verre. Des douleurs aussi, sur tes mains, sur ton visages et tes épaules. Une odeur de sang, enfin…
Puis tu es couché sur le ventre. Des formes granuleuses te déchirent les coudes. Et là, devant toi, ce rouge tournicote et danse. Tes yeux se mettent aussi à danser. Et ta tête aussi. Tes lèvres esquissent un…Non, mais tu sens en avoir envie. C’est bon de voir ce rouge danser pour toi.
Puis tu rampes vers le rouge. Il grossit. Il est beau. Ses formes se déclarent. C’est un rouge mais le même partout. Il y a du rouge sombre et du rouge clair. Et enfin des scintillements qui le parcourent, ceux qui t’ont interpellé.
Tu rampes encore. Ce rouge, tu l’as déjà vu. C’est un peu comme s’il avait déjà dansé pour toi. Autrefois. Avant maintenant ? Oui, avant, tu étais là, à regarder ce rouge. Mais tu ne reconnais pas ce lieu où tu te trouves allongé : son odeur, la chaleur du sol, le courant d’air qui te caresse le visage venant de ta droite. Mais ce rouge… Il te rappelle quelqu’un. Ce quelqu’un tu le connais, mais il te semble si lointain, un peu comme une amitié abandonnée. Un souvenir… C’est celui de l’enfance.
D’un enfant qui rit. Tu l’as aussi vu faire des bêtises, braver des interdits, puis prendre des fessées. Mais toujours en rire. De ce rire qui lui a toujours permis d’avancer, innocent, insouciant, mais tellement positif, au fond. Tu as vu cet enfant regarder avec ses grands yeux quémandeurs le monde caché, pour toujours en trouver la partie lumineuse. C’est peut-être un peu de ce sourire, de cette curiosité que tu as perdu, que tu as oublié. C’est aussi, peut-être un peu de ces choses-ci que ce poisson rouge, devant toi, dans son bocal, semble vouloir t’exprimer qu’il ne connaîtra jamais. Mais dansant là, face à toi. Et qui semble t’inviter à le suivre. Vers ces scintillements, minuscules éclaboussures d’un soleil qui te chauffe maintenant, au-dessus de ta tête.
Au-dessus, c’est le midi qui brûle ton crâne. Ton ventre t’appelle. Et tu rentres chez toi. Enfin. Tu vas manger.
24 novembre 2009
L'autodidacte (2), par Gwen
Je choisis une table qui me permettra d'avoir une vue d'ensemble sur la salle du restaurant. Je prends la chaise contre le mur, face au comptoir du bar. Ainsi, je peux voir le va-et-vient des serveurs qui s'affairent à répondre aux désirs des clients et aux ordres du chef de salle. Lui, impérial dans son costume noir à nœud papillon, salue et place les arrivants avec un sourire figé de circonstance.
Aujourd'hui, je fête seul, ma nouvelle indépendance financière, grâce au contrat que je viens de signer. Etre seul n'est guère un souci : Je me suis fait seul et je ne veux partager ma réussite qu'avec moi-même. Ma récompense sera un repas dans un restaurant chic de l'esplanade. Un de ceux où l'on va autant pour être vu que pour déguster un repas gastronomique, au coût astronomique.
Pour célébrer l'événement, je me plonge avec délectation dans la lecture de la carte, bien décidé à me régaler des spécialités les plus gouteuses, les plus couteuses. Ma commande passée, je me laisse aller à observer la clientèle. Elle cadre avec l'ensemble du restaurant, une touche de fraicheur pour une note classieuse dans un univers bourgeois. La salle est pratiquement pleine mais l'ambiance reste feutrée. Je divague, j'imagine une vie à chacun des clients anonymes. Je me plais dans mes rêveries. J’invente des relations secrètes entre les tables, des quiproquos et retournements de situation, certains heureux, d’autres sombres.
C'est le moment qu'il choisit pour faire son entrée dans le restaurant. Ce parfait inconnu a de suite aimanté mon regard. Il se trouve pourtant au milieu de six convives mais je ne vois que lui. Le bleu roi de son maillot électrise ma rétine en profondeur. Si la couleur attire mon regard, ce qui me choque le plus dans ce lieu, c'est la qualification même du maillot. Je me dis qu’il faut quand même peu de goût pour aller au restaurant avec le maillot de l'équipe de France de football. Et ce n’est pas tout ; Un bermuda long, style "Hawaï's Fashion" blanc cassé, complète sa tenue de soirée. Du bleu, du blanc, instinctivement, je baisse les yeux vers ses chaussures, m'attendant à trouver des baskets rouges. Pire que tout, l’énergumène arbore des Crocs™ orange vifs à ses pieds. Ses chaussures complètent à merveille le portrait d’un monde au mauvais gout roi. L'inventeur de ce sabot en plastique expansé devrait être jugé pour crime contre l'humanité, condamné à des excuses publiques à perpétuité, condamné à…
L'arrivée du hors-d'œuvre change le cours de mes pensées. Mes papilles gustatives s'affolent à la vue des fumets. Je prends le temps de goûter. Les premières bouchées me régalent.
L'homme au maillot me tourne le dos et s'installe avec ses amis sur la table voisine. Pour la seconde fois de la soirée, je perds un pari muet. Là où je m'attends naturellement à trouver le patronyme de Zizou, de Barthez ou d'un autre de la "Dream Team" qui fit le bonheur d'une France multicolore réconciliée en 1998, je trouve un flocage
"Chantreux" au dessus du numéro 10.
Chantreux… je me permets de l'appeler par son nom vu qu'il l'offre à tous les regards. Chantreux est-il à ce point narcissique pour porter un maillot à son nom ? Fait-il croire à sa charmante voisine de droite qu'il joue dans l'équipe nationale ?
Je me concentre à nouveau sur ma motivation première, mon hors-d’œuvre. Je voudrais savourer tous les instants dans ce lieu qu'y m'est si peu habituel.
Le plat de résistance arrive :"Tournedos de magrets de canard au foi gras rôtis". Je vous passe la suite tout aussi poétique. Subterfuge qui cache des haricots verts et des tomates revenus à l'ail. Décidément Chantreux m’aigris car en temps normal l'adéquation entre mon plat et son nom m'aurait sûrement amusé. Je me serais imaginé le chef, en cuisine, la plume en bouche, cherchant l’inspiration pour nommer ses plats. Je l’aurais vu créant des noms longs comme le bras dans l’espoir de passer à la postérité comme le premier chef cuistot à être édité par "La Pléiade". Néanmoins le plat est savoureux.
Mais l'indélicat gâche une fois encore mon plaisir, non pas ma vue mais mon ouïe. Il raconte des blagues pour amuser la tablée. Moi, il ne me fait pas rire. Je le fixe pour lui intimer de la mettre en sourdine mais, me tournant le dos, mon regard glacial n'a aucun effet. J’observe ses cheveux longs bouclés, coiffés en arrière pour dissimuler une calvitie adolescente. Un anneau en or à l'oreille gauche complète le portrait. Je termine mon plat, écœuré. J'aurais aimé avoir le cran de demander au chef de salle à changer de place mais je n'en fais rien. Je saute le dessert pour commander un café et l'addition que je règle directement.
J’avale mon expresso brûlant. J’essaie de faire abstraction du personnage. Rien n’y fait, inconsciemment mon regard retourne à sa nuque. Il continue avec ses blagues graveleuses devant un auditoire conquis. En fermant les yeux, je peux me croire au comptoir d’une buvette de stade, un soir de victoire. Je suis surpris d'être le seul à le remarquer. Il semble aussi déplacé dans ce restaurant qu’une carmélite dans une boite de strip-tease.
Au lieu de fuir ma place, ma tasse vide posée sur sa soucoupe, je reste assis. Je n’arrive pas à me décider de partir. J’attends. Je ne sais pas encore ce que j'attends. Mais j’attends.
Peut-être une heure plus tard, Chantreux et ses convives se lèvent d’un seul homme. Ils se dirigent vers la caisse enregistreuse. Je me lève discrètement. Je longe le comptoir en baissant les yeux pour ne pas croiser le regard des amis de Chantreux. Je me faufile hors du restaurant. Je me poste dans ma voiture. Quelques instants plus tard, ils sortent à leur tour. Ils se quittent bruyamment sur le seuil du restaurant. Chantreux lance une dernière blague. Les filles pouffent. Il monte dans sa voiture. Je démarre le moteur. Il quitte sa place de parking. J’embraye en première et le suis à distance.
Sa voiture ne jure pas avec ses chaussures. Il conduit une voiture à la peinture neuve, bleue électrique, assortie à son maillot. C’est sûrement une 206 Peugeot mais Chantreux en adepte du tuning doit tellement avoir amélioré sa carrosserie qu’elle est méconnaissable. Un logo de l’Olympique de Marseille couvre la quasi-totalité de la lunette arrière teintée. Un aileron confirme un aérodynamisme de rallye à cette voiture qui ne quitte sûrement jamais l’asphalte. Je remarque aussi les deux sorties d’échappement. Je ne comprends pas vraiment l’intérêt de l’accessoire mais je l’imagine indispensable. Deux pots d’échappement pour avoir deux fois plus de métal chromé à l’arrière de sa voiture, j’imagine.
Il nous conduit vers l'extérieur de la ville, vers les quartiers populaires de la périphérie. Il finit par s'arrêter le long d'un trottoir devant une villa préfabriquée aux murs nus. Son portrait se précise : Chantreux est un nouveau propriétaire. Je m’arrête devant la maison voisine et je descends à sa suite.
La nuit est sombre et sans lune ! Le quartier semble désert, aucun lampadaire n'éclaire la rue. Un voile noir embrouille mon esprit et le temps semble s'arrêter. Sans que je sache comment, un caillou anguleux se niche dans la pomme de ma main droite. Je cours pour arriver à sa hauteur. Je ne dois pas être assez discret. Chantreux, les mains dans les poches, cherche ses clefs. Il doit m’entendre car il se retourne précipitamment.
Sans réfléchir ma main armée s'abat sur l'arrête de son nez dans un craquement sec. Le sang éclabousse la pierre, mon poing, l'ensemble de son visage. Il cherche de l’air pour hurler. Le coup rate son nez pour entailler sa pommette gauche. Elle se fend instantanément, créant un geyser d’hémoglobine. Il cherche à couvrir son visage de ses deux mains. Trop tard, mon caillou s'abat encore, cette fois sur son oreille gauche. L’écrasement du lobe fait sauter la boucle d’oreille. Comme monté sur ressort mon bras est à nouveau armé. Le coup part. La mandibule, sous la violence du choc, se déboite de l’os temporal. Le visage ensanglanté de Chantreux grimace d’une manière étrange. La pierre doit être pointue car, sous un nouveau choc, son œil se crève. Il tombe à genoux. Les coups atteignent son crâne. Ses cheveux deviennent poisseux et ses bouclettes se collent au visage. La pierre frappe encore. Je n’entends rien. Il pourrait hurler que je ne m’en rendrais pas compte. Je suis hypnotisé par les coups, par mon bras et cette pierre qui se lèvent pour s’abattre mécaniquement. Je ne pense à rien. J’observe le sang qui jaillit des multiples entailles. Chantreux tombe doucement le nez le premier. Il s’écrase contre le pas de sa porte maculé d’écarlate. Il ne bouge plus.
Un frisson me sort de ma torpeur. Je me frotte les yeux. Mes mains collent. Une masse informe git à mes pieds. Chantreux est mort, semble-t-il. Il baigne dans son sang. Je remarque le caillou assassin toujours dans ma main droite. Je suis pris d'un haut-le-cœur. Je me redresse, je fais quelques pas. Je vomi l’intégralité de mon menu gastronomique appuyé contre le mur du pavillon.
Un repas si cher… ça valait bien le coup de se payer un restaurant… Je ne ferais sûrement jamais plus cette erreur.
17 novembre 2009
Session 13 : Leurs voyages immobiles
--COMMUNICATION--
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15 novembre 2009
Session 13 : L choix des armes
--COMMUNICATION--
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--Accès restreints - STOP--
--Délais variables - STOP--
--Poursuite des activités malgré tout - STOP--
--Temps de trouver nouveau thème - STOP--
--Session 13 aura lieu comme prévu - STOP--
--Propositions de thèmes en commentaires - STOP--
--A vous jouer - STOP--
--Prochain thème le 17 - STOP--
--A vos plumes - STOP ET FIN----------------
12 novembre 2009
Safari de service 2/2, par d'autres
J’ha-llu-cine ! Mais trop, quoi !
Deux mois de stage, deux mois à être considéré comme un intrus dans leur petit monde insonorisé, deux mois à me faire chier avec un dossier épineux sans assistance « pour me faire les griffes » selon mon enfoiré de tuteur, deux mois à bosser comme un con, sans compter mes heures, deux mois à vider mon compte d’étudiant en restau d’entreprise pour ouvrier bourge. Et à la clef ? Rien. « Ici on ne rémunère pas les stagiaires ». « C’est marqué dans votre convention ».
Bien sûr. On se contente de les exploiter avant de leur tirer leur taf’.
Mon dossier. Intégral, relié, couvert, en cinq exemplaires, portant le blaze de mon tuteur. L’a même pas été foutu de le dégager de la photocopieuse avant que j’arrive. Ce bâtard aurait voulu que je le voie, il aurait pas fait autrement.
Forcément, j’ai été le voir avec un exemplaire. Y m’répond quoi ce bouffon ? « En tant que responsable de votre travail, il m’appartient de m’en inspirer pour mener à bien mes propres travaux ».
S’en inspirer ?! Mon cul, oui ! L’a pas changé un mot, c’t’enculé, l’a pas changé une virgule. Même les fautes d’orthographe y les a pas corrigées. De la récup’ brute.
Tu m’étonnes après qu’il aille pas demander que je sois payé. T’imagines son chef ? « Alors voilà, le stagiaire a fait mon travail, je pense que ça mérite salaire. - Mais bien sûr Monsieur, permettez qu’on le prélève sur le vôtre. »
Putain mais j’hallucine, quoi ! Me taxer mon taf’ comme ça, quoi ! Putain mais les enculés, quoi ! Deux mois que je supporte ces sales cons pour quedshi, deux mois ! Et au dernier moment y finissent sur un coup de pute.
Vu la réponse du gars, j’ai été voir sa collègue, la bonasse qui me voit jamais. Je lui ai demandé ce que j’pouvais faire. T’sais c’qu’elle m’a répondu ? T’sais c’qu’elle m’a répondu ?! Que c’était pas son problème. Qu’y fallait voir ça avec la direction. Mais que de toute façon j’avais qu’une chance, celle de pas me faire valider mon stage. Carrément.
On m’pique mon taf’, et si j’m’en plains on m’fait perdre une année. Ha putain l’est beau l’monde de l’entreprise !
J’leur ai raconté ça sur le tchat, là, Dark beasts are among you. Comment qu’y z’ont trop halluciné, eux aussi. Mais y m’ont tous dit pareil. Tous ceux qu’ont fait un stage en entreprise y leur est arrivé des bricoles. Et aucun n’a été payé. Quel que soit le travail fourni. Aucun. Y se sont tous fait baiser par leur boîte.
Tain, la haine, quoi ! Chus trop vénère. Après y s’étonnent qu’on prenne les armes pour tirer dans le tas. Y nous respectent pas, y nous trompent, y nous paient pas, et y voudraient qu’on ferme nos gueules de stagiaires.
Mais dans leurs rêves, quoi ! J’vais les crever, moi, ces bâtards. J’vais leur exploser leurs sales gueules de faux-culs. Y viendront pas s’plaindre après.
T’façon j’ai pu ren à perdre. Sans rémunération j’vais d’voir lâcher mon studio et arrêter les études, vu qu’j’ai tout cramé dans le costard et la bouffe. Et pas question de finir caissier à Franc-Prix.
J’me suis fait chier pour sortir d’la rue. J’me suis fait chier pour faire disparaître l’étiquette racaille sur mon front. Mais y z’en ont rien à foutre. Y voient pas l’problème. Alors j’vais leur apporter le ‘blème. J’vais leur montrer c’que c’est que la colère du désespoir, j’vais leur montrer à ces pingouins et à ces pouffes comment que c’est en bas de chez moi.
Ranafout ! Peuvent même me descendre, je manquerai à personne.
Fait chier ! Deux mois pour ça. Et j’ai même pas réussi à avoir le six de zelle Ingrid. Putain de boîte ! Putain de costumes. J’vais vous fumer, moi. ‘tendez voir un peu comme on va rire lundi. Ha ouais, z’allez vous en souv’nir d’mon dernier jour. Pas à chier, z’allez vous en souv’nir grave, même.
Fusillade au service comptable de la société Tout a un prix.
Que s’est-il passé ce lundi matin au service comptable de la société Tout a un prix ? Telle est la question que se posent les enquêteurs après la fusillade qui a fait neuf morts et quinze blessés, hier entre huit heures et neuf heures.
Selon le témoignage d’une séduisante rescapée, les premiers coups de feu ont retenti lorsque Saliman Arzaouli, au dernier jour de son stage, a fait irruption, brandissant d’une main un fusil de chasse et de l’autre un pistolet automatique. Il aurait aussitôt commencé à faire feu au jugé, en hurlant, selon le même témoin « Bouffez ça, enculés ! »
La confusion s’est accrue quand mademoiselle Ingrid Outremenon, standardiste, a elle-même sorti un revolver gros calibre de son sac à main, avant de riposter. Il semblerait que ses tirs, très approximatifs, soient responsables de plusieurs victimes.
Le chaos est devenu total au moment où monsieur Edgar Bricotin, ancien légionnaire et chef-comptable, a dégainé son ancien pistolet de service pour faire feu à son tour, sans plus de discernement. Rien pourtant n’indique qu’il ait cherché à neutraliser les deux autres tireurs, malgré des compétences avérées en tir.
Il aura finalement fallu l’intervention du GIGN, alerté sitôt les premiers coups de feu, pour mettre un terme à ce qui s’apparente fortement à un règlement de comptes prémédité.
Quels litiges opposaient ces trois personnes, quelle obscure raison les a poussé à venir s’affronter sur leur lieu de travail, pourquoi ont-ils mêlé leurs collègues à cette fusillade, autant de questions que les enquêteurs peineront sans doute à résoudre, les deux hommes ayant été abattus au cours de l’assaut, alors que mademoiselle Outremenon est dans un coma irréversible suite à un tir de chevrotine au thorax.
Les forces de l’ordre restent par ailleurs indécises quant à la destination d’une batterie automobile, trouvée sur les lieux de la fusillade.
L’incompréhension la plus totale règne chez les quelques rescapés du massacre, leurs collègues des autres services et leur direction, alors que cette dernière a choisi de fermer l’entreprise quelques jours, le temps que soient honorés les défunts et de se remettre du traumatisme.
Les syndicats, eux, se sont empressés de se saisir de l’affaire pour dénoncer « les conséquences prévisibles d’un stress toujours plus grand infligé aux salariés dans les grandes entreprises ».
Quant à l’opposition, elle réclame à corps et à cris la tenue d’une réflexion sur l’accès aux armes à feu dans notre pays, ce que beaucoup voient comme une maladroite tentative de récupération plutôt qu’une véritable force de proposition.
Les pouvoirs publics, de leur côté, se sont contentés, par la voix du Président de la République et du Premier Ministre, de présenter leurs condoléances aux familles des victimes et de préciser leur effroi de voir le pays sombrer ainsi dans le chaos. On murmurait hier, du côté de l’Elysée, que le président allait mandater un représentant spécial en charge du stress dans les entreprises.
Illustration : The Office, par laemmen, sur DeviantArt
09 novembre 2009
Mon plaisir : te voir mourir, par Djimi
Du plus loin que je puisse guider ma mémoire consciente, la faiblesse m’a toujours inspiré le plus grand mépris. Enfant déjà, je considérais comme faible, tout ce qui était plus petit que moi.
Les cigales étaient faibles. Je les broyais entre mes doigts. Sans omettre de leur ôter ailes et pattes auparavant …
Les cafards étaient faibles. Je les écrasais longuement du talon. En plus, ils puaient ces salauds !
Les fourmis étaient faibles. Je les écrabouillais. Je les noyais aussi souvent …
Mais la plupart du temps, robustes, ces salopes semblaient revivre, semblaient vouloir renaître de leur trépas. Il m’a donc fallu apprendre l’ingéniosité dès ce plus jeune âge. Trouver comment mieux tuer, comment percer aussi l’apparence de la faiblesse. Déceler cette apparence que chacun possède, que chacun cultive aussi, pour apprendre, pour comprendre …Pour saisir ce qui est faux de ce qui est vrai …Pour dépasser l’apparence de la faiblesse pour enfin, y trouver le vrai point sensible, le talon d’Achille, celui que chaque victime possède, que chaque être humain cache au fond de lui tout en exhibant une tout autre …Car montrer une fausse faiblesse aide toujours l’homme à enfouir ses angoisses profondes pour tenir debout et vivre …
C’est sur cette base humaine que je pratiquerais mon art, plus tard …
Et c’est sur cette idée de fausse vérité cachant une vraie faiblesse que je tuais ces fourmis, enfant, et que je tuerais encore et encore, à l’âge adulte, des parasites, de plus grosses tailles …
Enfant, je compris donc déjà, que tuer avait beau être instinctif, impulsif, mais tuer devait aussi prendre en compte la patience, celle de comprendre comment agir pour ôter la vie de manière efficace, rapide. Patienter en apprenant à déceler LE point faible, celui qui sera définitif. Celui qui ôtera la vie, celui qui offrira le trépas, celui qui me sera, enfin, le plus jouissif …
Tuer n’est pas, uniquement jouer. Tuer est sexuel. On tue comme on jouit, on tue comme on baise. A cet instant, on baise un être, malgré lui.
Un sadisme qui m’est propre, un sadisme inné, je pense.
Puis, bien que tuer soit jouissif, le fait de voir mourir, m’a presque toujours favorisé un orgasme, privé, unique détenteur de ce plaisir, puisque mon compagnon de baise, devait toujours perdre cette étincelle de vie qui le caractérise, à ce moment précis.
Une étincelle qui redorait l’absolu de mon orgasme, au sein duquel, je me sentais vivre, tout en voyant l’autre mourir. Je pense, et je crois que personne ne me démentira lorsque je prétend que cette confrontation de la vie et de la mort (au-delà de toute notion de bien et de mal…) permet d’atteindre l’orgasme parfait. Et ultime, pour l’un des deux partenaires !
Pour moi, cela à toujours été le cas, même enfant, bien que ce mot comportait biologiquement d’autres sens …
Enfin, les insectes me lassèrent vite. Car tuer devait aussi m’apprendre une autre sensation : une que tout être humain qui a le cul un peu trop engoncé sur le trône de ses habitudes, réclame : la nouveauté, le besoin de renouvellement. La création, autrement dit !
Ce mot empli de sens qui devait définitivement m’éloigner de l’animal, donc être intelligent de manière innée, et incapable d’être séduit par l’incroyable beauté trop apparente en soit, de l’acquis. La création, née d’une réflexion féconde au-delà de toutes limites …
Plus tard, à l’adolescence, je comprendrais que ce « No Limit », si doux, si jouissif me permettrait de dépasser toute idée de morale sociale. Et l’apparence, toujours dénuée de sens ou de véritable intérêt, dont s’affublent beaucoup trop d’humains si grotesques au fond, deviendrait mon plus ingénieux masque pour opérer au sein de cette mascarade …Une société, si proche de celle des fourmis, des abeilles, mais toujours plus grotesque, plus fantasque, à la limite du théâtre le plus grandiloquent dans ses excès.
Bien qu’enfant, je ne me sois jamais dit : « Quand je serai grand, je tuerai ! », l’acte de tuer a toujours été une partie de moi depuis que mon esprit était vague, aussi opaque que la naissance des dinosaures, que la naissance de mes parents et de leurs parents, ou encore de la naissance de ma vision consciente des choses. Car naître, pour moi, ce n’est pas m’entendre dire que je suis né d’untel et d’unetelle ce jour précis, de ce mois et de cette année précis, et de me gratter le nombril surplombant mes petits pieds qui me servent de socle. Mais naître, c’est voir, c’est comprendre réellement ce qui m’entoure, cet élément vital dont je fais partie et dont je m’accapare l’espace, un peu plus chaque jour. Etre né, ce sera le jour où je me sentirais enfin seul, sans nul besoin autre que de me nourrir, seul au milieu des autres ou sans les autres. Seul, peut-être, sans cette partie de moi qui me devance et que je cherche sans cesse à rejoindre, sorte de fantôme qui me précède. Certains l’appellent « leur ambition », moi je l’appelle « mon besoin ». Et pour l’instant, mon besoin c’est de te tuer …
Mais, te tuer, c’est aussi, te traquer, te surveiller, te suivre, te regarder et surtout, te décoder. Lorsque tu vas d’un point A à un point B, toujours multiples sont tes attitudes que tu sois seul, ou entouré. Ton corps est un peu ce livre, où tes gestes, tes positions, tes mouvements, sont des mots qui s’adressent à moi. Tu me parles souvent en braille à ces moments, et moi, je t’écoute en sourd-muet. Tes sons, tes odeurs sont tes gestes, tandis que, tel un aveugle, engoncé dans ton besoin d’être aimé - la pire de tes faiblesses au final - tu ne me vois jamais. Ton corps, tes épaules par exemple, tes raideurs, ta démarche, l’écart de tes pas, leur vitesse, m’indiquent toujours le moment où tu as le plus peur (même si tu cherches à le cacher). Les moments où tu t’étales dans une sensation d’être heureux, que ton corps se relâche, que tes traits s’épanouissent, c’est un instant de retrait, de recul pour moi. Je ne t’attaquerai pas sur ces points là, sois-en certain. Mais n’y penses pas non plus …
Je prends toujours mon temps pour te décoder. Quand je connais tous les éléments clé qui constituent tes peurs, je peux enfin agir. Tes peurs constituant toujours tes faiblesses, je te fais peur et tu paniques, tu ne te contrôles plus très bien et tu faiblis. Et ma lame s’enfonce …
Cruelle. Vive. Efficace.
Orgasme …
Si on pouvait appeler toutes ces règles, une loi de la nature. C’est la mienne, en tout cas.
Je ne l’ai nullement inventé car depuis le début des temps, les prédateurs de toute la planète se servent de codes. L’odeur souvent.
Moi, je suis, quoi que tu en penses, un être humain et j’ai perdu la flexibilité de ce sens. J’en utilise un autre. Le regard. Je vois ton déséquilibre, puis ma lame remplace la mâchoire de la bête. Elle peut être plus rapide dans l’acte de mort.
Mais seulement si je le désire …
Et je ne me suis pas encore considéré comme un précoce.
Pour jouir, il faut prendre son temps.
Placer la lame à l’endroit le plus douloureux. Mais pas forcément le plus mortel.
Placer mon corps contre le tien, au moment où je tortille la lame, mon regard dans le tien, c’est un de mes moments préférés. J’y retrouve, à ce moment, mon animalité. Ton odeur se répand, se dévoile. Tu as peur et tu dégages déjà une odeur de mort, un peu comme si tu abandonnais déjà. Rares sont ceux qui ne fuient pas mentalement, avant de mourir.
Et c’est cette faiblesse qui m’inspire le coup de grâce.
Voilà, en quelques mots, je t’ai expliqué mon programme. Et le tien.
Mais y penser, y réfléchir dès à présent, ne te servirais pas à grand-chose.
Ne te distrais pas de ton quotidien. Ne te projette pas encore.
De toutes façons notre relation aura lieu tôt ou tard. Et à ce moment, si le cœur t’en dit, je te laisserais un moment pour penser à moi, me regarder, et jouir avec moi …
06 novembre 2009
Safari de service 1/2, par d'autres
I.
Les salopards ! Vingt-cinq ans ! Vingt-cinq ans de bons et loyaux services ! Et ils me limogent !
Refonte du service. Evolution de la société. Demande de Paris. Tu parles ! Je les dérange, oui ! Je ne rentre pas dans leur moule, oui ! Vingt-cinq ans que je reste fidèle à moi-même, intègre et indépendant, sans me glisser dans le costume étriqué de l’homme de la compagnie. Ils ne supportent pas ! Ca les dérange l’individualité. Ça les dérange les électrons libres. Ils voudraient que tout le monde soit au garde-à-vous, l’auriculaire sur la couture du pantalon, de bons petits soldats prêts à obéir sans un mot, prêts à se sacrifier sur un ordre. Certainement pas qu’un de leur cadre affiche ses opinions, analyse les ordres et leurs incohérences.
Et ils croient s’en tirer comme ça ! Salopards !
Ils disent « on vous donne le choix ». Ils s’excusent « nous ne souhaitons pas vous pénaliser ». Ils se justifient « nous suivons les consignes de la direction générale ». Tu parles !
Leur choix ? Le placard ou la porte. Ou je me contente d’un emploi subalterne, sans perspectives d’évolution à court terme, ou je prends le chèque et je pars sans un mot. L’oubli dans les deux cas. Enterré vivant ou fusillé. Il est beau leur choix.
Mais non, bien sûr, je ne suis pas pénalisé, ils ne le souhaitent pas. Je ne suis pas pénalisé si je choisis de conserver une place minable dans leur groupe de merde, à rêver aux jours fastes. Je ne suis pas pénalisé si je me retrouve, à mon âge, remis sur le marché saturé d’un travail de plus en plus exigeant. Et ils pensent que je vais gober ça, leurs sourires contrits et leurs regards fuyants depuis qu’ils m’ont fait part de leur « proposition » ? Salopards !
Tout juste bons à se réfugier derrière les consignes de la direction. Eux. Représentants de la direction ici. Tu parles qu’ils n’ont pas leur mot à dire ! Juste que la pilule leur paraît plus simple à faire passer quand on n’a pas le responsable sous les yeux.
Mais s’ils croient que je vais me laisser faire, ils se plantent ! Oooooh que oui, ils se plantent. Pas fait mes dix dans la Légion pour me laisser marcher sur les pieds, ha que non !
Mais je ne vais pas perdre mon temps à passer par les Prud’hommes, tu parles qu’ils se seront verrouillés de ce côté-là. Toutes les petites bêtises qu’on peut faire dans une vie de salarié, sûr qu’ils les ont mises de côté en attendant le jour de me dégager.
Simple, si je leur fous un procès au cul, ils vont tout ressortir à leur sauce. Mon business de vente de fournitures en ligne va devenir de l’abus de biens sociaux ; la fois où j’ai ajouté un zéro sur un chèque, par erreur, va devenir un détournement de fonds ; mes recherches sur la sexualité humaine vont devenir de la consultation pornographique. Ha je les connais ! Seraient même capable de m’accuser de voler la boîte parce que je pars à l’heure règlementaire, histoire d’avoir une vie sociale, pas comme les autres cadres qui passent leur vie au bureau.
Puis autant régler ça entre quatre z’yeux. Voir entre deux. Une balle.
Mais pas la première. Ha non, alors, il faut qu’ils sentent comme je suis contrarié ! Il faut qu’ils réalisent l’ampleur de la connerie ! Il faut qu’ils sachent que ça commence à peine.
Une au buffet, les neutraliser avant le grabuge, histoire d’être tranquilles peinards dans le bureau. Après je sors la gégène, un souvenir.
C’est bien la gégène. Facile à transporter, efficace, ça brise un homme en moins de deux. Autant dire que ces deux fiottes qui n’ont jamais quitté leur bureau ne vont pas faire long feu.
Après ça on pourra entamer la détente. Du découpage sur pièce de la bête. Des années que je n’ai pas ressenti le plaisir de fouailler les chairs vives au poignard. Faut juste que je fasse gaffe à pas me laisser aller, sinon ils ne tiendront pas la distance.
Ha ouais, ils vont douiller ces salopards ! C’est moi qui vous le dit.
J’ai jusqu’à lundi, qu’ils ont dit. Jusqu’à lundi pour faire mon choix. Plouf, plouf. Ça me laisse un peu de temps pour mettre de l’ordre dans mes affaires et sortir mon matériel.
Ha ils vont voir, ces salopards !!
II.
Quelle pute ! Mais quelle nom de Dieu de sale pute ! Oser me faire ça à moi ! Sa meilleure amie ! Soi-disant !
Combien de fois je l’ai ramassé alors qu’elle tenait plus debout ? Combien de mecs j’ai viré de chez elle parce qu’elle était trop défoncée ? Combien de chèques je lui ai fait pour payer ses factures, sans jamais en revoir la couleur ? Combien de temps j’ai passé avec elle à écumer les magasins en quête de sa robe de mariée ? Combien de soirs j’ai sacrifié pour garder sa gosse parce qu’elle avait besoin de se retrouver seule ? Combien de chemisiers elle m’a achevé à coups de larmes et de rimmel parce que la vie de famille l’étouffait ?
Et elle me fait ça à moi !
Elle a couru les mecs pendant des années avant de se calmer avec un mannequin sans cervelle. Promis juré, maintenant j’arrête, j’ai trouvé le bon. Ben tiens ! Deux ans plus tard et une môme sur le dos, elle ressortait ses jupes raz la touffe et ses talons de pétasse pour allumer tout le service.
Et c’est qu’elle les porte bien cette pute ! Je me fringue comme elle et on m’embarque pour racolage et atteinte aux bonnes mœurs. Elle, c’est juste sexy, comme toutes ces grognasses qui le valent bien sur les affiches. Pas un mec pour résister.
Du stagiaire au chef de service, ils ont tous cette étincelle égrillarde dans les yeux quand elle apparaît. Ils n’ont même pas besoin de la déshabiller du regard, ces obsédés lui sont tous passé dessus. Suffit qu’elle fasse sa moue, là, son truc avec les lèvres et le regard timide, et ils ne voient plus qu’elle.
Après elle s’étonne que les autres filles la haïssent. Comme si elles avaient le choix. Elles peuvent être jolies, elles peuvent être sexy, elles peuvent être séduisantes, elles se fondent dans l’orange amer des murs quand elle apparaît. Tu m’étonnes qu’elles ne puissent pas la sacquer cette pute !
On passe le plus clair de notre temps au travail. Autrement dit, passée la trentaine, ça reste le meilleur espoir pour se dégotter un gars pas trop vilain et pas trop con. Avec la possibilité de l’observer dans son environnement pour être sûr. Ça vaut ce que ça vaut, et les mecs s’habituent aux têtes avec qui ils travaillent. Assez pour ne pas se rendre compte quand ils se sont laissés séduire.
Mais avec elle c’est perdu d’avance. Le chef-comptable un peu mignon malgré ses airs martiaux, quand elle est là tu n’existes plus. Un battement de ses faux cils et tous tes sourires perdent de leur charme.
Cette pute ! Je ne lui demandais rien. Rien d’autre que de se comporter en amie.
Je lui ai dit qu’il me plaisait bien. Je lui ai dit que son air un peu sévère d’ancien militaire me laissait toute chose. Je lui ai dit que son petit cul ferme me donnait une furieuse envie d’y mettre la main. Je lui ai dit qu’il était mon espoir de ne pas virer vieille fille.
Et qu’elle me tienne la main ! Et qu’elle me serve son sourire complice ! Et qu’elle le juge idéal pour moi ! Et qu’elle me dise de foncer avant qu’on me le pique ! Saloperie de sale pute !
Au lieu de me consoler quand je me suis pris un râteau méprisant, elle se l’est fait. Sur la photocopieuse. Pendant que je vidais toutes les larmes de mon corps, toute seule comme la vieille fille que je vais devenir, cette pute se faisait tringler en beauté par mon ex-futur amour ! Sur la pho-to-co-pieuse !!
Et maintenant tout le monde est au courant de ma double humiliation. Tout le monde me regarde avec ce foutu regard éploré. Tout le monde pense que je suis une pauvre fille sans espoir. Les autres filles sont toutes tendres avec leur rivale de moins. Les hommes sont tout mielleux face à ma tronche bouffie. Et cette sale pute continue de pavaner comme si de rien n’était.
Il paraît même, c’est la secrétaire comptable qui me l’a glissé, il paraît même que cette pétasse voulait se le faire avant que je lui parle, et qu’elle a fait en sorte qu’il me jette. Ce serait bien son genre à cette pute !
Mais elle rigolera moins, lundi ! Ha oui, elle va moins faire sa maligne quand je montrerai à tout le monde qu’on ne me traite pas ainsi.
Je ne sais pas tirer, mais à bout portant, c’est bien le diable si je ne touche pas. Puis le père était tout fier de ce pistolet, capable, disait-il, d’arracher de la bidoche grosse comme le poing. Si ça suffit pas à lui déchiqueter le visage à cette poufiasse …
(à suivre)
Illustration : gift for jisuke, par ferris, sur Deviantart
03 novembre 2009
Baba Yaga 2/2, par Gwen
Scène IV
Dans la forêt, devant une étrange maison montée sur des pattes de poule éclairée par des crânes aux yeux lumineux.
Baba Yaga
- Quel mauvais vent t'amène, vieille Babouchka !
Babouchka
- Baba Yaga, veuillez nous excuser de troubler votre sommeil ? Nous avons besoins d'aide, ma petite Krasnaïa et moi-même !
Baba Yaga
- Ah ? Est-ce une raison suffisante pour me réveiller ?
Babouchka
- Excusez-nous, Madame Babouchka. S'il n'y avait pas eu urgence, vous pouvez être certaine que nous ne nous serions pas permises.
Baba Yaga
- Qui est cette petite chose qui se cache derrière tes jupes ?
Babouchka
- C'est Krasnaïa, ma petite fille, Madame Baba Yaga !
Baba Yaga
- Une petite fille, c'est donc ça ! Alors, parle vieille Babouchka, pourquoi as-tu traversé la forêt de nuit pour interrompre mon sommeil ?
Babouchka
- Le Grand Méchant Loup est venu frapper à ma porte cette nuit !
Baba Yaga
- Le Grand Méchant Loup ? Ou juste ses chiens comme il a son habitude ?
Babouchka
- Non, Madame Baba Yaga, il est venu lui-même en personne !
Baba Yaga
- Qu'as-tu donc à te reprocher, vieille Babouchka pour que le grand Méchant Loup se déplace en personne devant ta porte ?
Babouchka
- Je n'ai rien fait. Sur la Sainte Croix, je vous assure que je n'ai rien fait !
Baba Yaga
- Et cette petite chose qui se cache sous ton jupon, de quoi s’est-elle rendue coupable ?
Babouchka
- Krasnaïa n'a rien fait, Madame Baba Yaga, elle est innocente !
Baba Yaga
- Alors pourquoi cette petite refuse de me regarder ?
Babouchka
- Excusez la, Madame Baba Yaga ! Ma petite Krasnaïa est très timide !
Baba Yaga
- Timide ? Ou alors a-t-elle fait une bêtise qu'elle ne veut avouer ? Pourquoi ne parle-t-elle pas ?
Babouchka
- Elle n'ose pas Madame Baba Yaga, voici la raison !
Baba Yaga
- Quels sont ces drôles de bruits qui sortent de sa bouche ? Rit-elle ?
Babouchka
- Oh non Madame Baba Yaga, elle n'oserait pas !
Baba Yaga
- Se moque-t-elle de moi ?
Babouchka
- le hoquet, Madame Baba Yaga, Krasnaïa a juste le hoquet !
Baba Yaga
- Le hoquet, voyez-vous ça ! Attention, petite ! J'exècre les impertinentes !
Scène V
Dans la forêt, devant une étrange maison montée sur des pattes de poule, éclairée par des crânes aux yeux lumineux.
Babouchka
- Madame Baba Yaga, nous aurions besoin de votre aide pour quitter le pays.
Baba Yaga
- Croyez-vous vraiment que je vais vous en apporter ?
Babouchka
- On m'a dit, Madame Baba Yaga, que vous aidiez les dissidents à fuir.
Baba Yaga
- Qui donc peut bien ânonner des âneries pareilles ! Cette petite fille peut-être ?
Babouchka
- Oh non, Madame Baba Yaga ! Ce sont des choses qui se racontent au village. Si nous sommes pourchassées par le Grand Méchant Loup, une seule personne peut nous aider et cette personne c'est vous !
Baba Yaga
- Admettons que cela soit vrai ! Vieille Babouchka, répond moi franchement : Es-tu de mèche avec ces terroristes Tchétchènes ?
Babouchka
- Madame Baba Yaga ! Je suis une vraie citoyenne du Grand Empire de Sainte Russie et, avant cela, j'étais une fidèle camarade.
Baba Yaga
- Cette petite fille alors ? Est-elle tchétchène ? Est-elle ici pour semer la discorde dans notre grand pays ?
Babouchka
- Point du tout, Madame Baba Yaga, elle non plus n'a rien à se reprocher.
Baba Yaga
- Alors pourquoi le Grand Méchant Loup vous cherche-t-il ?
Babouchka
- C'est rapport aux parents d’la petite, Madame Baba Yaga. Ils étaient journalistes. Ils ont osé critiquer le Grand Méchant Loup.
Baba Yaga
- Ah ! Je vois ! C'est une bonne chose que d'oser critiquer ce loup. Il a vraiment un comportement des plus infâmes. Juste par curiosité, quel était le fondement de cette critique ?
Babouchka
- La guerre en Tchétchénie…
Baba Yaga
- Nous y voilà ! J’le savais ! Je savais bien que j'avais affaire à des séparatistes tchétchènes. Je les sens, ces choses là, je les sens. Ses parents sont venus chez nous pour poser des bombes. Ils pensent se faire entendre en faisant couler le sang d’innocents !
Babouchka
- Madame Baba Yaga, permettez moi de vous dire que vous vous trompez et que…
Baba Yaga
- les parents de cette impertinente ont pris des mères et des enfants de notre pays en otages ! Vieille Babouchka, croyez-vous vraiment que je veuille aider des terroristes ?
Babouchka
- Madame Baba Yaga, les parents de Krasnaïa étaient russes, comme vous et moi ! Ils chérissaient leur patrie comme un enfant chérit sa mère. Et c'est cet amour qui les a conduits à critiquer les dérives totalitaires du Grand Méchant Loup. Cet amour les a conduits à leur perte et a laissé la petite Krasnaïa orpheline.
Krasnaïa
- bouh ouh ouh !
Babouchka
- Ne pleure pas Krasnaïa, Madame Baba Yaga pose toutes ces questions pour mieux nous connaître. Quand elle aura compris qui nous sommes, elle nous aidera.
Baba Yaga
- Es-tu sûre de ce que tu affirmes, vieille Babouchka ? Parce que je n'aiderai pas une fillette dont les mains sont couvertes du sang de nos frères, fût-elle orpheline.
Babouchka
- C'est comme je vous le dit, Madame Baba Yaga.
Baba Yaga
- Alors, suivez-moi je vais vous guider jusqu'à la frontière !
Noir
Scène VI
Dans la forêt.
Le Grand Méchant Loup
- Ooooooooouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuhhhh !
Baba Yaga
- Dépêchez-vous un peu ! Qu'est-ce que vous pouvez être lambines toutes les deux !
Babouchka
- Madame Baba Yaga, excusez-moi, je n'ai plus 20 ans
Baba Yaga
- Et moi donc…
Krasnaïa
- Babouchka, j'ai mal aux pieds.
Babouchka
- Le Grand Méchant Loup nous rattrape, cours Krasnaïa, cours !
Baba Yaga
- Derrière la cime de cette colline se trouve votre salut, le fleuve Amour. Encore un effort !
Babouchka
- Ma petite Krasnaïa, quand nous aurons traversé ce fleuve, nous serons sauvé, plus rien ne pourra vous arriver.
Baba Yaga
- Il est trop tard ! Je sens une haleine fétide qui inéluctablement se rapproche de nous ! Le loup est sur nos talons !
Le Grand Méchant Loup (surgissant devant eux)
- Ah ! Ah ! Vous voilà enfin ! Vous pourrez vous vanter de m'avoir fait galoper !
Krasnaïa
- Maman !!!
Le Grand Méchant Loup
- Il ne sert à rien d'appeler ta mère, petite ! Là où elle est, elle ne peut plus faire grand-chose pour toi.
Krasnaïa
- J'ai peur !
Baba Yaga
- Grand Méchant Loup, laisse nous passer ou il t'en cuira.
Le Grand Méchant Loup
- Je pourrais vous laisser passer, les deux vieilles, je n’ai que faire de vous. Si vous voulez que je vous laisse en paix, livrez-moi la petite.
Krasnaïa
- Pourquoi moi, je ne vous ai rien fait.
Le Grand Méchant Loup
- J'ai promis à ta mère de m'occuper de sort, juste avant que ses yeux ne se ferment pour la dernière fois. Et je tiens toujours mes promesses !
Krasnaïa
- Mais vous l'avez tuée, ma maman !
Le Grand Méchant Loup
- Je l'ai dévorée, c'est différent !
Baba Yaga
- Nous ne te donnerons pas cette petite, laisse nous passer sinon…
Le Grand Méchant Loup
- sinon quoi ? Que pensez-vous me faire ? Allez-vous me tirer les poils du museau avec vos petites mains ? Ou toi, Baba Yaga, vas-tu me lancer à la figure ton balai de sorcière ?
Baba Yaga (sortant un lance-roquettes)
- J'ai en ma possession des solutions plus radicales ! Il me reste ce souvenir de mon fils, mort par ta faute en Afghanistan !
Le Grand Méchant Loup (d’une voix douce comme un agneau)
- Comment l’aurai-je fait, si je n’étais pas né ? Pendant les opérations de maintien de l'ordre en Afghanistan, je tétais encore ma mère.
Baba Yaga
- Si ce n'est toi, c'est donc ton frère !
Un éclair de feu jaillit du lance-roquettes et pulvérise le Grand Méchant Loup.
Baba Yaga
- Voilà une bonne chose de faite ! Fuyez le pays ! Si celui-ci ne peut plus rien contre vous, tôt ou tard un autre Grand Méchant Loup prendra sa place. Telle est la malédiction qui pèse sur notre patrie.
Babouchka
- Comment vous remercier Madame Baba Yaga ?
Baba Yaga
- Ne me remerciez pas ! Maintenant, partez sans vous retournez! Ne revenez jamais troubler mon sommeil sinon je me servirai de vos cranes pour éclairer mon allée
Noir
Illustration par Ivan Bilibin
30 octobre 2009
Passe, passe, passera, par Lila LULLABY
«- Dis grand-mère, où est parti grand-père quand on l’a emporté dans la boîte ?
- Une grande flamme l’a emmené, ses cendres se sont envolées dans le vent.
- Oui, ça je le sais, mais Lui, insiste l’enfant, où est-il maintenant ? Je l’entends le soir finir de me raconter une histoire et quitter ma chambre en laissant la petite lumière allumée »
Grand-mère ne répond pas. Une larme descend la rivière creusée sur son visage.
Comment expliquer à une petite fille que grand-père n’est plus mais qu’il existe de lui plus de mille images dans les souvenirs de ceux qui l’ont aimé ?
Dans un soupir, elle murmure : «Je ne sais pas où on va quand on a disparu »
Alors l’enfant décide d’aller interroger ceux qui - elle le sait- ont un jour disparu et elle entre dans la forêt.
« Loup, y’es-tu ?
- Je coiffe mes moustaches »
Elle le trouve allongé sur l’herbe tendre, visiblement repu, absorbé à se lisser le poil.
« Toi qui as coulé si vite au fond de la rivière, dis-moi où on va quand on a disparu »
Le loup se redresse intéressé : ce n’est pas si souvent qu’on lui pose une question ! Il prend un air réfléchi, ferme les yeux et dit :
« Quand la rivière a englouti mon ventre plein de cailloux, j’ai bien cru ma dernière heure arrivée puis je me suis rappelé que c’était jour de marché, que trois agneaux appétissants allaient être seuls dans leur maison et que je devais courir vite au moulin si je voulais montrer patte blanche sous leur porte pour qu’ils m’ouvrent.
Je me souviens encore du coup de corne de leur mère, la chèvre, qui m’a envoyé valser à nouveau dans la rivière et ensuite d’une forte odeur de chair fraîche, multipliée par sept à la nuit tombée dans les bois. Le petit Poucet cherchait sa route en entraînant ses frères mais tu le sais toi, que je ne les ai pas mangés, précise-t-il en ouvrant largement les yeux, qu’il a bien plus grands que ceux de Mère-Grand.
Puis il les referme pour parler de trois petits cochons …
La fillette voit bien qu’avec le loup, elle n’en saura pas davantage sur l’endroit où l’on est quand on a disparu. Elle le laisse à son auto-analyse et s’esquive sur la pointe des pieds.
Elle s’enfonce plus profond dans la forêt et arrive bientôt aux ruines d’une maisonnette. Le toit de pain d’épices repose encore sur quatre piliers de sucre d’orge mais des murs, il ne reste rien. La sorcière est occupée à fondre des sucres pour retaper son logis. Elle marmonne en touillant dans ses marmites et ne lève même pas les yeux pour voir qui s’adresse à elle.
« Toi qui es partie dans la chaleur des flammes, dis-moi où on va quand on a disparu »
La sorcière essaie un sourire, presque heureuse de trouver une oreille qui veut bien l’écouter. « Quand Gretel a refermé la porte du four sur moi, je me suis retrouvée assise, filant la laine dans la chambre sombre d’un vieux château. Une jeune fille, curieuse comme toi, est entrée. Je n’ai pas eu le temps de la prévenir du danger, qu’elle s’était déjà piquée à la pointe effilée de mon fuseau et endormie. Je n’avais plus rien à faire dans cette histoire. Je me suis mise à voyager, vers l’Est toujours. Je me déplaçais dans un mortier, l’asticotais du pilon et du balai en effaçais la trace. C’était pratique et très écologique. Je suis arrivée à une petite maison sur pattes de poulet perchée, qui virait de ci de là, au gré du vent. Une fois entrée, je me suis aperçue que j’en occupais toute la place : je devais rudement avoir grossi à cause de toutes les sucreries !
On m’appelait Baba Yaga. Je n’étais ni trop bonne, ni trop mauvaise. J’aidais les voyageurs perdus à retrouver leur chemin après les avoir soumis à des épreuves difficiles pour leur apprendre à surmonter les embûches de la vie. J’étais « coach » comme ils disent dans Psysorcellerie Magazine.
« C’est tout ce que je peux te dire sur les endroits où l'on se cache quand on a disparu.
Lance cette pelote devant tes pieds, elle t’aidera à retrouver la route qui mène chez ta grand-mère »
Le soir tombait. Il était temps de suivre le fil. La fillette sortit ainsi de la forêt.
Maintenant, la nuit l’enveloppait. Elle marchait au milieu d’une longue route droite. De chaque côté, la ligne plus sombre des arbres l’avertissait des fossés. Loin devant, les deux rangées d’arbres semblaient se rejoindre pour lui montrer le but à atteindre. Quand ses pas furent plus assurés et ses yeux habitués à l’obscurité, elle marcha la tête en l’air. La voie lactée traçait une parallèle à la route parmi les étoiles. Certaines étoiles scintillaient plus que d’autres, comme animées de vie. Une petite étoile encore vacillante montait à l’horizon. Elle la choisit pour être la nouvelle maison de son grand-père.
En arrivant chez sa grand-mère, elle la trouva tournant des confitures. Une délicieuse odeur de framboises montait de la casserole en cuivre.
« Je sais où est grand-père, dit-elle : il voyage le soir dans les histoires qu’il m’a racontées mais pourquoi laisse-t-il toujours la lumière allumée ?
-Pour qu’à ton tour, tu racontes ses histoires.
-Grand-mère, j’ai peur d’oublier ses mots !
-Tu sauras bien en inventer que d’autres, après toi, rediront à leur tour»
Illustration par Guillermo Mordillo
27 octobre 2009
Baba Yaga 1/2, par Gwen
Scène I
Intérieur d'une maisonnette de nuit, dans la pénombre d'un feu mourant dans l'âtre.
"Toc ! Toc ! Toc !
Krasnaïa
- Babouchka ! Babouchka ! On a frappé à la porte, réveille-toi !
Babouchka
- Chut ! Krasnaïa ! Ne fais pas de bruit ! Ne bouge pas !
Krasnaïa
- Tu ne veux pas que j'aille ouvrir ? Comme ça tu n'auras pas besoin de te lever !
Babouchka
- Non ! Surtout ne t’approche pas de la porte ! Nous ne savons pas qui est derrière !
Krasnaïa
- Mais Babouchka, c'est peut-être important ! On vient peut-être nous donner des nouvelles de mon papa et de ma maman ?
Babouchka
- Je t'ai expliqué, Krasnaïa, nous n'auront plus jamais de nouvelles de tes parents.
Krasnaïa
- Mais pourquoi ?
Toc ! Toc ! Toc !
Krasnaïa
- Babouchka, que faisons-nous ? On frappe encore à la porte !
Babouchka
- Chut ! Tais-toi, Krasnaïa ! Je vais essayer de voir qui ça peut bien être.
Krasnaïa
- Tu vois quelque chose, Babouchka ?
Babouchka
- Je vois une forme… Je le reconnais… Ah ! Le Grand Méchant Loup frappe à notre porte.
Krasnaïa
- Oh non ! J'ai peur ! Il va vouloir nous attraper !
Babouchka
- Ne fais plus un bruit, Krasnaïa, peut-être croira-t-il qu'il n'y a personne.
TOC ! TOC ! TOC !
Le Grand Méchant Loup
- OUVREZ CETTE PORTE ! JE SENS QUE VOUS ETES LA !
Krasnaïa
- Babouchka, qu’allons-nous devenir ?
Babouchka
- Surtout ne fais de bruit, Krasnaïa, et enfile vite ton parka. Nous allons essayer de sortir de la maison par derrière.
Le Grand Méchant Loup
- SI VOUS N'OUVREZ PAS A TRI, J'ENFONCE LA PORTE
Babouchka
- Vite Krasnaïa !
Le Grand Méchant Loup
- ODIN !
Krasnaïa
- Je suis prête Babouchka !
Le Grand Méchant Loup
- DVA !
Babouchka
- Par la fenêtre, petite Krasnaïa
Le Grand Méchant Loup
- TRI !
Noir
Scène II
Dans la forêt
Krasnaïa
- Babouchka, j'ai peur !
Babouchka
- N'arrête pas de courir !
Krasnaïa
- Je ne vois rien, sommes-nous perdus ?
Babouchka
- Je connais la forêt comme ma besace, ne t'en fais pas !
Krasnaïa
- Sais-tu où nous allons ?
Babouchka
- Je connais un endroit dans la forêt où le Loup ne viendra sûrement pas nous chercher ! Allez, cours encore un peu. Bientôt nous pourrons nous arrêter !
Krasnaïa
- Je suis fatiguée, Babouchka !
Babouchka
- Courage !
Krasnaïa
- J'ai mal aux pieds.
Babouchka
- Arrêtons-nous quelques instants pour nous reposer !
Krasnaïa
- Comment connais-tu si bien la forêt, Babouchka !
Babouchka
- Autrefois, j'ai du venir me réfugier ici !
Krasnaïa
- Pour échapper au Grand Méchant Loup ?
Babouchka
- Pas celui-ci, mais son frère, un grand loup roux, tout aussi méchant que ce Loup blanc qui nous poursuit aujourd'hui !
Krasnaïa
- Avais-tu fait quelque chose de mal, Babouchka, pour t'attirer les foudres de ce loup ?
Babouchka
- Sûrement, ma petite fille, même si je en le savais pas ! J'étais juste un peu plus âgé que toi mais tout aussi insouciante !
Krasnaïa
- Babouchka, pourquoi le Grand Méchant Loup profite-il de la nuit noire pour venir frapper à la porte ?
Babouchka
- Pour nous surprendre durant notre sommeil et nous manger, mon enfant.
Krasnaïa
- Le grand Méchant Loup ne dort-il jamais ?
Babouchka
- Non, ma petite fille, il ne dort pas. Le grand Méchant Loup ne dort jamais !
Krasnaïa
- Babouchka, pourquoi le Grand Méchant Loup est-il si méchant avec nous ?
Babouchka
- C’est une longue histoire, ma petite fille…
Krasnaïa
- Mais, je n'ai rien fait moi, je suis gentille !
Babouchka
- Je sais, Krasnaïa, tu es une gentille petite fille.
Krasnaïa
- Le Grand Méchant Loup m'en veut-il de t'avoir apporté ce petit pot de beurre ?
Babouchka
- Ah ! Si ta maman l’avait mieux caché… mais ce n’est pas l’unique raison et toi, tu n’y es pour rien.
Krasnaïa
- Est-ce le Grand Méchant Loup qui a tué mon papa et ma maman ?
Babouchka
- oui Krasnaïa ! C'est bien lui !
Au loin dans la forêt
- Par là, Grand Méchant Loup. Regardez ici, il y a des traces ! Deux grands pieds et deux petits pas ! Nous avons retrouvé leur piste.
Babouchka
- Vite Krasnaïa, nous devons repartir !
Noir
Scène III
Dans la forêt, devant une étrange maison montée sur des pattes de poule.
Babouchka
- Tu peux arrêter de courir, Krasnaïa, nous sommes arrivées.
Krasnaïa
- Qui habite cette maison effrayante, Babouchka ?
Babouchka
- Baba Yaga, la sorcière.
Krasnaïa
- Une sorcière ? Mais ne va-t-elle pas nous faire du mal, elle aussi ?
Babouchka
- Ne t'inquiètes pas, petite Krasnaïa, elle va nous aider. Mais écoute bien mes recommandations : premièrement, ne la regarde jamais dans les yeux.
Krasnaïa
- Pourquoi Babouchka ?
Babouchka
- Elle pourrait croire que tu lui manques de respect ! Deuxièmement, ne ris pas, ne souris même pas quand tu la vois.
Krasnaïa
- Pourquoi Babouchka ?
Babouchka
- Parce qu'elle n'aime pas ça et, comme toutes les sorcières, elle n'a aucun sens de l'humour.
Krasnaïa
- Elle ne doit pas souvent rire, alors !
Babouchka
- Baba Yaga n'a plus envie de rire depuis bien longtemps. Elle a perdu toutes raisons de sourire bien avant de venir se réfugier au fond des bois.
Krasnaïa
- Elle aussi, le Grand Méchant Loup Roux voulait la tuer ?
Babouchka
- Oui, Krasnaïa, il voulait la dévorer. Elle s'est cachée au milieu de la forêt et depuis elle aide les autres à se réfugier. Voilà pourquoi nous devons la trouver cette nuit.
Krasnaïa
- D'accord ma Babouchka !
Babouchka
- Troisième et dernière recommandation : N'adresse jamais la parole à Baba Yaga, sauf si elle t'interroge. Laisse-moi faire, je vais parler.
Krasnaïa
- Pourquoi ma Babouchka ?
Babouchka
- C'est une affaire qui ne regarde que les grandes personnes. Rien de tout cela ne devrait intéresser une petite fille. Tu as bien compris mes recommandations ? Tu ne la regardes pas, tu ne souris pas, tu ne parles pas et tout se passera bien. Ah oui ! J’oubliais ! Arrête un peu de dire « pourquoi » sans cesse, à la longue, c’est usant.
Krasnaïa
- Je ferai ainsi.
Babouchka
- Madame Baba Yaga ?
Silence
Babouchka
- Madame Baba Yaga ?
Silence
Krasnaïa
- Elle n'est peut-être pas chez elle. Partons vite d'ici ma Babouchka !
Babouchka
- Peut-être préfères-tu que le Grand Méchant Loup nous retrouve ?
Krasnaïa
- Нет !
Babouchka
- Alors laisse-moi faire !
Madame Baba Yaga vous êtes là ?... BABA YAGA ?
Baba Yaga
- QUI OSE TROUBLER MON SOMMEIL ?
Noir – Coup de Tonnerre – BRAOUUUUMMMMM !!
Illustration par Ivan Bilibine







