Zone d'expérimentation

Sortir de nos lignes de fuite et courir un peu plus vite vers l'horizon. - Atelier d'écriture en groupe -

05 juin 2010

Le geste de Petit Louis, par dvb

Venez. Asseyez-vous et écoutez. Ecoutez l’histoire de Petit Louis, enfant au sombre destin, messager de la tristesse, apprenez comment sa longue traversée solitaire l’a mené vers les affres du vice.

Il était une fois, un petit garçon, au nom peu évocateur de Petit Louis. Comme son nom l’indiquait, il était bien frêle et ses galoches paraissaient bien lourdes lorsqu’il trottait sur le pavé de la grand ville pluvieuse. En ce temps-là, les petits garçons portaient culotte courte en toutes saisons, gavroche sur le crâne et écorchures aux genoux.
Ainsi arpentait les ruelles notre Petit Louis, du haut de ses neuf ans, vaillant comme le mineur, fier comme le bourgmestre. Sous la pluie et nez au vent, il avançait d’un bon pas faire son devoir de petit homme. Emmitouflé dans sa vareuse, l’écharpe volant dans la bise de novembre, rien n’aurait pu arrêter sa marche décidée.
Chemin faisant il arriva sur la place du marché, où grande foule s’amassait, autour des étals, chamarrée et beuglante. Dans la forêt de jambes qui entravait la marche de Petit Louis, surgit tout à coup un manteau de pourpre, d’où s’échappa  une main douce et aimante qui vint se poser sur l’épaule du garçonnet.
« Bonsoir Petit Louis. Où vas-tu de si bon train ? »
Levant le nez vers le doux visage de la femme, Petit Louis reconnut les traits de sa tante Marielle, la femme du cantonnier. Son panier recelait de bonnes choses à manger et de pots parfumés.
« Bonsoir ma tante, lui répondit son neveu. Je m’en vais aux putes et je suis pressé.
_ Comment ?! rugit la douce jeune femme. Toi, aller au lupanar ? Mais à ton âge cela ne se fait pas ! Espèce de petit salopiot ! »
Et de lui botter les fesses et de le houspiller tant et si fort, que Petit Louis s’en fût meurtri et pleurant. Mais songeant à ce que lui dictaient sa vertu et la récompense qui l’attendait, Petit Louis se remit bien vite en route en direction de la rue aux putes.
Il redoubla d’effort et fendit la bise, ses petits pieds raclant le sol humide, aussi il arriva bien vite sur le parvis de l’église. Là, Monsieur le Curé le vit de la sacristie et accourut pour venir le saluer.
« Bonjour Petit Louis. Où vas-tu d’un si bon pas ? Il est bien tard et tu vas prendre froid. Veux-tu venir te réchauffer au presbytère et y prendre un bon chocolat chaud, mon enfant ?
_ Non merci mon Père, je n’ai point le temps  d’accepter votre généreuse invitation, car je dois me rendre de ce pas au bordel. Mais ne vous en offusquez pas, je viendrai tantôt à la sacristie vous rendre visite.
_ Comment dis-tu ? Tu vas dans une maison de perdition ? Mais ne sais-tu pas que c’est pécher que de succomber à la luxure ? N’as-tu donc point de considération pour ton âme, sale petit morveux ? »
Et de le fesser si intensément que Petit Louis, en fut quitte pour verser de nouvelles larmes de cri, de rage et de douleur.
Bien vite, il se remit pourtant en route, sanglotant et ne comprenant pas pourquoi tous voulaient ainsi le punir pour si peu de chose. La nuit tombait et il lui fallait se dépêcher s’il voulait arriver à temps à l’hôtel de passes.
Il tourna au coin de la rue des merciers et arriva enfin à la rue des putes. Il y avait là un grand nombre de femmes de petites vertus aux sourires et aux tenues racoleuses, certaines riaient de sa présence, d’autres lui caressaient affectueusement les cheveux. Ne sachant trop comment s’y prendre, il respira un grand coup et pris son courage à deux mains pour venir se planter devant une fille à la poitrine ronde et généreuse.
« Bonsoir charmante dame, pourriez-vous m’indiquer la direction du bordel s’il vous plait ? Et peut-être pourriez-vous-même m’y accompagner pour m’aider à…
_ Mais ça va pas la tête espèce de petit branleur ? T’as vu ton âge ? T’as même pas de poils au menton. C’est pas un endroit pour toi, sale petit vicieux. »
Et de lui mettre une nouvelle rouste à coup de gants et de bottines en suédine bleue, tant et si bien, que Petit Louis n’en pouvant plus rentra en courant jusqu’à chez lui, humilié et blessé par la méchanceté de ce monde qui ne voulait lui permettre d’aller jusqu’à la maison close.    
C’est donc en pleurs qu’il entra chez lui, sous les yeux médusés de sa tata et de Monsieur le Curé, venus tous deux se plaindre à sa maman du comportement de son vaurien de rejeton. Petit Louis traversa la cuisine toujours contrit et reniflant pour aller se réfugier dans le coquet salon, où son papa lisait le journal près de la cheminée.
« Papa ! j’en ai marre ! La prochaine fois que tu oublieras ton parapluie aux putes, t’iras le chercher toi-même ! »

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26 mai 2010

Incertains regards, par dvb

subway_girl_by_Benlo

Posés sur moi, dans cette rame de métro suintante de fatigue et de résignation, ses yeux bleus-gris couleur de ciel me dévisagent. Où est-ce l’affiche dans mon dos ? Le reflet me renvoie le sourire éclatant d’une actrice américaine, blonde comme la Californie, belle comme nulle part. Que regarde-t-il ? Là bas, assis sur ce strapontin relevé et déplié un bon million de fois de trop, perdu parmi les yeux vides d’une foule poussiéreuse et déjà presqu’entièrement digérée par le transit quotidien dans ces viscères mécaniques, glissant d’Austerlitz en Cambronne ou de République à Nation puis à Père Lachaise, son regard clair me met à nu. Du moins le voudrais-je. Le vent confiné, remugle parfumé de Lacoste et de friture d’oignon, soulève mes cheveux, les graissant de sa main maculée de cambouis et de sueur. Ma mèche blonde se soulevant et s’affaissant, mue par l’aspiration du train-train.
Bien sûr les garçons me scrutent parfois, et je sens alors le malaise s’immiscer en moi aussi sûrement que le serpent de leur vice se délecte de mes quelques centimètres carrés de peau découverte. J’esquive, je détourne les yeux pour mieux en trouver d’autres, encore plus lugubres ou méprisants, encore plus pervers et libidineux.
Mais ces yeux là, loin de me toiser ou de me déshabiller, me respectent et m’enveloppent de bienveillance. Etre admirable, plus que désirée, se sentir belle sous la caresse de pupilles complices, et non simplement « bonne à baiser » dans l’imagination dénaturée d’un frustré insignifiant, voilà qui vaut le coup de jouer.
Non que je me sente particulièrement jolie, surtout ici, derrière la vitrine de ce zoo cosmopolite et artificiel – et pour cela je n’ai qu’à me comparer avec les étranges créatures aux longues jambes et au maquillage suburbain qui cohabitent dans ma cabine – mais est-il si illusoire que j’attire l’attention d’un charmant jeune homme.
Aussi, entre le roulement des têtes qui se balancent au rythme du tangage métropolitain, nous croisons et décroisons nos regards, lui assis près d’un vieux marocain moustachu, tout absorbé 20 minutes durant dans son gratuit, moi harnachée à mes barres métalliques, araignée docile attendant patiemment la fin du trajet.
De stations en stations, d’arrêt brusque en bousculade, la géographie humaine de la rame de métro évolue vers le rapprochement et le chassé croisé entrecoupé de nos quatre yeux.   
Le vent aux mains sales plante les griffes de mes cheveux fourchés en plein dans ma cornée. Une larme et la peur d’une conjonctivite s’en échappent, bientôt rejointes par le bord d’un doigt fin – celui qui ne porte JAMAIS d’alliance et qui me rappelle le vrai sens du mot « solitaire ».
Le jeune homme poursuit sa silencieuse cour.
Est-ce bien moi qui mérite toute cette attention ? Comment ne s’est-il pas lassé de ce même visage timide et sans fard, alors que papillonne autour les mantes et les tailles de guêpes ? Ne regarde-t-il pas ces deux vietnamiennes aussi séduisantes que brunes ?
Pourtant alors qu’il se frotte les yeux, le jeune homme au charme estudiantin, fixe toujours ce point de fuite où voguent mes doutes  et mes fols espoirs. Mais de son point de vue, là-bas, en contre plongée assise, peut-être tient-il le compte mental des stations le long du schéma de la ligne : Grenelle – Dupleix – Bir-Hakeim, bientôt le départ.
Pour la première fois je souris, puisqu’un sourire ne coute rien dans les maximes de Maxi. Son geste à lui, est bien plus mystérieux car il relève son écharpe sur son nez et déchausse son casque d’écoute musicale. Il se lève et s’apprête à lever le camp. 
L’angoisse de ne plus le revoir, de le perdre de vue avant même de pouvoir gagner sa (re)connaissance, me fait agir. Pour la seule et unique fois de ma vie, je ne veux pas peser le pour et le contre, ni même osciller entre regret et remord.
Crissement de freins, mouvement de foule, glissement de porte et course vers l’inconnu, me voilà sur le quai à chercher un regard. Son foulard bien relevé, laissant à peine la place à l’éclat de son bleu-gris que j’aime déjà tant, je le vois qui se lance dans l’escalade d’un escalator. Moi je gravis quatre à quatre une volée de marches. J’éternue.
De l’autre côté du panneau qui annonce le Trocadéro, il y a un brouillard étrange et magique, comme un nuage de pur smog. J’éternue. Mon bel étudiant est déjà dehors. Je suis sur ses traces, je tends la main vers lui, attrape son coude qui se dérobe immédiatement.
Je ne le vois plus, je ne le sens plus. Je suis aveugle. J’étouffe. Je sens que je vais tourner de l’œil. J’éternue. Je pleure.
Je suis seule au milieu de cette manifestation, une grenade lacrymogène soupirant à mes pieds. Pourquoi les beaux étudiants veulent-ils toujours faire grève et se battre contre les CRS plutôt que m’inviter au cinéma ? 

Illustration : Subway girl, par Benlo, sur DeviantArt

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23 mai 2010

Session 20 : V(a)in(c)(g)(t)

Vain



Bien soit. Je me permettrai juste de revisiter un peu les choses, histoire d'ouvrir un peu le propos.
Ainsi vous est-il demandé pour la session 20, de jouer sur la phonétique du dit nombre afin de trouver l'inspiration. Il va de soi qu'une variation autour des différentes possibilités serait un plus apparenté à une contrainte ... Autrement dit, jouez de vin, de vingt, de vain, de vainc à votre guise, vous avez jusqu'au 15 juin.
Comme à l'accoutumée, les textes sont à envoyer sur mrgouillat[at]lecriducagou.com, sous fichier texte de préférence et idéalement servi avec une illustration.

Pour ce qui est de la programmation, quelques textes à venir. Le 26 mai verra le grand retour du dvb avec une variation sur ces incertains regards. Le 31 mai, une seconde, intitulée Mon père l'autre devrait conclure ce thème. Le dvb, quand il revient c'est pour du vrai, nous proposera le 5 juin Le Geste de Petit Louis, pour noveliser une histoire drôle. Et si l'on se fie aux habitudes fantasques de Gwen, il pourrait nous pondre sa propre version du thème d'ici au 10 juin.
De là nous serons rendus au 13 juin, soit le moment d'un Choix des armes pour la session 21.

Les lignes vous soient belles.



Illustration : vain, par F4lc0N-6, sur DeviantArt

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21 mai 2010

Session 20 : Le choix des armes

Pencil_by_Hankins


Session 20 comme la note d'un devoir irréprochable, comme une session dédiée à la vacuité, comme une session pour pochetrons ou amateurs de grands crus, comme une exhortation à la victoire, toujours, mais une session encore à définir, là est toujours le plus compliqué.

A vos commentaires, donc, pour rassembler vos idées, et nous pondre un thème irréprochable vantant la vacuité des pochetrons ou amateurs de grands crus face à la victoire.



Illustration : Pencil, par Hankins, sur DeviantArt

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Si tu tagues on t'agraffe*

My_tag_cloud_from_Last_fm_by_Ruuub


Dans la catégorie "vous en rêviez, et bien maintenant c'est possible", je vous présente le nuage de tags. Super, me direz-vous, après le light-painting, le cloud-painting ... Que nenni, braves gens, que nenni.
Les tags sont des mots-clefs que l'on peut affecter à un message. En l'occurrence, sur la ZEx, ce sont les noms des auteurs, accolés à leurs textes respectifs. Le nuage de tags, lui, reprend les dits mots-clefs et en fait autant de liens à cliquer.
Ainsi, vous avez maintenant à portée de souris tous les textes de vos auteurs favoris, compilés en une (ou plusieurs pour les gratte-papiers frénétiques) page(s). Plus besoin, donc, de fouiller pour lire l'intégrale publiées des uns et des autres.
Un seul bémol quant à la présentation, la taille des noms varie en fonction de la prolixité des auteurs, ce qui n'a guère d'intérêt. Il faudra faire avec, je ne vois pas comment y remédier ...
Ça se trouve sous les derniers messages, pour votre plus grand plaisir.



Illustration : My tag cloud from Last.fm, par Ruuub, sur DeviantArt

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19 mai 2010

Sexe, adolescence, cannabis et actes manqués, par Djimi

texte



Elle : Tu m’aimes ?

Lui : Oui

Elle : Parle-moi un peu s’il te plait.

Lui : De quoi ?

Elle : Je ne sais pas. De tes aventures. D’une fille que tu as aimée. De quelque chose de ce genre…

Lui : Euh…Je ne sais pas. Ce serait un peu long, je crois. Tu veux des anecdotes ?

Elle : Allez !

Lui : Attends, je cherche…
Ah, oui. J’en ai une qui me vient.

Elle : Vas-y. Raconte-la s’il te plait.

Lui : Alors, c’est quand j’étais adolescent. A cette époque j’étais à peine plus âgé que toi et je plaisais aux filles. J’en avais un peu conscience, mais je n’en jouais pas forcément, d’autant que « jouer » n’est pas forcément le mot adéquat puisqu’il y a souvent des complexités dans une relation même lorsqu’elle est éphémère.
C’est donc à cette époque où je traînais beaucoup dans mon quartier que je croisais souvent une jolie petite rousse qui me plaisait beaucoup. Un soir où je restais à ne rien faire sous un abri de bus, elle est passée, dans la rue, devant moi. Comme on se connaissait de vue, elle est venue me parler. On a fumé un joint en discutant, puis alors que je réfléchissais à la manière de la séduire, une autre nana de ma connaissance, la petite amie d’un pote du quartier, est venue se joindre à nous. Cela ne me dérangeait pas du tout. Et, bien qu’elle fût de plusieurs années mon ainée, je lui parlais généralement avec franchise comme on le fait avec une amie. Je suppose qu’elle a calculé mon petit jeu avec la jeune rouquine puisqu’elle a commencé à me draguer ouvertement.
A ce sujet, j’avais eu une courte relation avec une petite nana de banlieue qui s’est terminée en queue de boudin car une autre fille du quartier l’avait harcelé et menacé au téléphone en lui stipulant que si elle revenait dans le coin, elle se ferait buter car j’étais soi-disant « son » mec. Ca a découragé la petite meuf de banlieue que j’ai beaucoup moins vue à partir de ce temps là, après des pleurs et des discussions interminables autours de son manque de confiance en moi. Tandis que moi, je n’arrivais pas à comprendre de qui pouvaient venir ces appels. J’avais tout de même un doute sur leur provenance et je supposais que c’était la petite-amie de mon pote qui avait parfois des paroles qui pouvaient être brutales.
Et ce soir là, dès qu’elle est arrivée sous l’abri de bus, c’étaient des « viens, je vais te sucer » par-ci, des « allez, viens, juste 5 minutes dans les escaliers de ton immeuble » par là. Au bout d’un moment, je me suis tellement senti traqué que j’ai accepté, en laissant la petite rousse sous l’abri bus et que j’ai emmené la nana chez moi. Et puis, ça me donnait bien envie, d’autant plus que son mec, mon pote, se vantait d’être polygame. Je me suis dit que ça ne coûterait rien de coucher avec elle. Et pas de remords, non plus.
On est arrivé chez moi et je l’ai emmené dans ma chambre. On a d’abord fumé un autre stick puis on s’est mis au lit. Je me souviens que j’étais bien stone, limite lobotomisé. Puis, elle s’est mise à me raconter sa vie et notamment des passages difficiles de son existence : qu’elle avait été mariée, que son mec la battait, qu’au boulot, ça n’allait pas non plus et qu’elle s’était jeté du haut d’un escalier pour se tuer puis qu’elle avait subi un internement psychiatrique.
Moi, à côté d’elle, dans le lit, j’étais de plus en plus stone et impressionné en écoutant ses histoires. Puis comme j’étais beaucoup trop jeune et immature pour recevoir de telles informations, je me suis senti, rapidement, m’enfoncer dans une sorte de néant, comme si le joint commençait à virer au rouge dans mon cerveau. J’étais complètement décalqué. Quant à elle, comme elle s’était soulagée d’un poids en me racontant ses déboires, ça a dû la ragaillardir, car elle s’est tournée vers moi et a commencé à m’embrasser. A ce moment là, j’étais complètement « à la rue ». Paumé, quoi. Et impossible de sentir une quelconque motivation et encore moins d’excitation. Puis, on a fini par dormir chacun de notre côté, après qu’elle m’ait avouée qu’elle ne « trouvait pas ça très grave » et que « j’allais changer avec le temps »…
Il m’a fallu beaucoup de temps justement, pour comprendre ces simples mots car quand on est tout jeune on n’entend pas toujours les paroles d’un ou d’une aînée comme elles devraient être reçues. Il y a souvent un pont gigantesque qui se traverse trop doucement, avec le temps, entre deux êtres, dont l’un des d’eux, plus âgé, a nettement plus d’expériences de vie. Et pour un jeune homme, la non satisfaction dans un acte sexuel est très éprouvante puisque c’est le moment où il apprend à faire l’amour. Je me souviens avoir longtemps cherché la signification de ces paroles qui m’avaient blessé dans mon orgueil. Alors que celles-ci m’avaient été données avec beaucoup de tendresse et d’affection. Je crois qu’à ce moment précis, je suis allé chercher très loin, ce qui se trouvait à portée de moi, dans mon lit, sa tête posée sur le même oreiller que moi…
L’inconscient est souvent, comme un carrefour à mille voies très mal éclairées. C’est pourquoi, des fois, l’esprit refuse de prendre en compte certaines données, et prend la fuite on ne sait où…Tu comprends ?

Elle : …

Lui : Tu dors ?

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16 mai 2010

Hell, de Lolita Pille

Hell



Junk book. Cent cinquante pages digérées en moins de deux heures. Fast reading. Ca assouvit l'appétit de lignes sur le moment, et à peine refermé, on se rend compte que l'appétit est toujours là, à peine émoussé.
C'est vain, c'est creux. Superfétatoire. Triste petite fille riche, incapable d'aimer, mais qui aime quand même et ne s'en remet pas.
Le ton est à la surenchère. De marques, de débauche, de décadence. Nous sommes l'élite, tremblez communs, nous ne sommes beaux qu'à voir. Que vos rêves de meilleur soient heurtés par notre déchéance.
Peut-être, oui, peut-être. Un monde et ses réalités. L'ennui et la solitude. Manque le ton. Manque l'ambiance. Manque la glace dérangeante d'une fin de partie assumée. Manque la plume.
Bret Easton Ellis (Zombies, Les lois de l'attraction) ne cherche pas la provocation. Il ne cherche pas à nous étourdir sous le luxe ostentatoire des suicides programmés. Bret Easton Ellis est un écrivain quand Lolita Pille, depuis son nom déjà, n'est qu'une adolescente persuadée que ses frasques nocturnes sont de la matière suffisante à littérature.
Reste un diffus embarras gastrique, de vagues images de stupre doré, d'hésitantes pensées sur la vacuité du vide, qui se dissiperont avec le prochain café ou la prochaine clope.
Pourquoi ne suis-je pas étonné qu'on en ait fait un film ?

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14 mai 2010

La femme zig-zag paf, par Djimi

voix


Je suis allée chercher du pain, me dit-elle,
Mais la boulangerie était fermée !
Alors j’ai pris la voiture, rajoute-t-elle,
Mais je ne trouvais plus les clés !
J’ai donc cherché partout, renchérie-t-elle,
Puis j’ai fini par les retrouver.
Elles étaient dans la commode m’annonce-t-elle,
Je me demande bien qui les y a rangées !!!
Puis j’ai pris la voiture, me redit-elle,
Mais voila qu’elle ne voulait plus démarrer !
Alors je suis parti à pied, s’enflamme-t-elle,
Mais je voulais mes vieux souliers !
Car la pluie venait de tomber, pleurait-elle,
Et je ne voulais vraiment pas glisser.
Puis j’ai cherché une boulangerie ragea-t-elle,
Pour enfin pouvoir manger !!!
Mais c’était la grève dans le quartier, hurla-t-elle !
Alors j’ai beaucoup marché.
Et je suis arrivé chez toi, bredouilla-t-elle,
« Au cas où je ne l’aurai pas remarqué »…
Pour te demander du pain me lança-t-elle,
Pour enfin pouvoir me rassasier !!!
-Te voila enfin sauvé dis-je à la belle !
Mais pourquoi ne m’avoir pas plus simplement demandé,
Du pain, je t’aurais donné, sans aucune querelle,
Mais il était inutile de tout me raconter !
C’est pour te dire que j’ai pris froid grelotta-t-elle,
Tout ça pour venir te retrouver…
Je me sens alors coupable face à elle,
Tandis qu’elle se rassasiera sans se tracasser.

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12 mai 2010

De d'autres

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Nouméa, le 07 mai 2010



Bien chers vous,

Si nombre d'idées ont été offertes à la lecture par traités, thèses ou romans, il apparaît qu'une bonne part d'entre elles naît d'échanges. De conversations, bien sûr, doctes ou avinées, mais également de correspondanc, cette discussion épistolaire en trait d'union entre la parole et l'écriture.
Par ailleurs, la Toile Vorace a institutionnalisé l'échange écrit, par petites touches, vaines ou profonds, à travers fora, commentaires, messagerie instantanée. Une forme de dévoiement du courrier échangé par les gens de lettres au temps où le papier voyageait abondamment. L'immédiateté offerte à tous au détriment de la lente exploration de la pensée.
Et nous sommes là, amateurs d'écriture, écrivains amateurs, affûtant prose et vers sur cette zone d'expérimentation, explorateurs de la formule par jeu.
Aussi est-ce ici que je vous propose, à titre d'exercice permanent, en premier lieu, par souci de nous adonner aux charmes épistolaires, d'autre part, d'initier une variation sur des lettres ouvertes, en lesquelles laisser notre lecture du monde et de l'homme s'étaler.

Ceci admis, comment nous y prendre ? En considérant la présente comme un point zéro à partir duquel réagir, par exemple. Vous avez à y redire, vous avez à partager, vous avez un avis, vous n'êtes pas d'accord avec les postulats ébauchés ou les analyses avancées, là est l'intérêt.
Et plutôt que de réagir sur l'instant, par le biais des commentaires, prenez le temps de formuler, d'articuler votre argumentaire dans le calme de vos hâvres, et postez, sur mrgouillat[at]lecriducagou.com, évidemment. Vos courriers seront publiés au fil du temps, et formeront de nouvelles bases auxquelles répondre.
Par souci de cohérence, précisez juste, au gré de vos lignes, le ou les destinataires de votre réponse (votre serviteur pour la première, donc) et qu'ainsi se tisse la tapisserie d'une correspondance à plusieurs.
Pour justifier également du décalage temporel découlant de ce type d'échange, précisez la date à laquelle rédigez votre courrier, cela pourra nous éclairer, parfois.

Ceci avancé, les sujets de conversation ne manquent pas, l'actualité abonde.
Vous parlerai-je à cette heure, chers vous, du remplacement d'un poilu par un guerrier kanak en guise de monument (temporaire) aux morts (permanents), de ces déferlantes ravageant la promenade des anglais, affirmation supplémentaire d'une explosion climatique qui ne cesse de croître, vous parlerai-je de la jeunesse remuant sur les bancs alors que l'enseignement s'éloigne chaque jour un peu plus de la réalité, vous parlerai-je de la faillite permanent d'une compagnie locale engoncée dans les dysfonctionnements.
Etrangement, me permettrai-je d'ironiser, je préfère me pencher sur le sort de la Grèce.

A ce jour, la situation se résume à quelques constats. Un pays de la grandiloquente Europe est à l'article de la ruine ; pour y faire face, son gouvernement n'a d'autre alternative que de faire appel à la solidarité transnationale, sous une forme ou une autre, et de se résoudre à une politique de restriction ; déjà enflammé il y a plusieurs mois, le peuple grec se soulève contre cet état de fait.
Est-ce faire assaut de pessimisme que d'y lire les prémices d'une fin annoncée du mode de vie occidental ? Il est certes question de la Grèce, pays à la fragilité structurelle qui aura joué des chiffres pour intégrer les rangs de la fastueuse Europe. On pourra certes gloser que les poncifs sur le sud méditerannéen ne concernent guère le nord. Il reste question d'un état européen dont les troubles illustrent le mal-être d'une population soumise aux affres d'un marché qui la dépasse.
Nos économies sont fragiles, la crise majuscule l'a mis en évidence, et partant, nos états sont sur une corde plus raide qu'il y paraît.
Irlande et Portugal sont appelés à être les prochains dominos entraînés dans la chute libre, notre France orgueilleuse erre sans perspective rassurante, portée encore par un poids acquis avec les ans. Même l'Allemagne, apparamment inébranlable, est susceptibel de sombrer lorsque son commerce européen, garantie de sa prospérité, verra ses partenaires se retrancher sur leurs frontières et leurs plans de crise respectifs.
Alors ?

Alors le fossé n'attend que de se creuser un peu plus entre nantis et travailleurs, parce que quoi qu'il advienne, une fortune amputée reste une fortune quand un foyer en perdition met à la rue des desespérés.
Le peuple qui s'agite en Grèce ne défend pas le privilège aboli des treizième et quatorzième mois. Ce peuple ne réagit pas seulement à l'atteinte majeure faite à ses conditions de vie. Ce peuple fait plus que revendiquer en vain la conservation d'acquis sociaux et économiques devenus irréalisables.
Ce peuple au bord de la panique réalise que l'inéluctable est arrivé et qu'il paie pour une gestion politique et un affairisme cynique.
Est-ce donner dans une lutte des classes marxiste que de l'admettre ? Je ne crois pas. Je ne le crois pas quand en contrepoint des heurts sociaux en Grèce, banques et industries persistent à afficher des résultats records.
Ho, bien sûr les bourses vacillent, conscientes qu'une lame de fond est en train de gonfler et que sa déferlante ne saurait tarder. Elles vacillent, sans que soient remis en cause les mécanismes du profit, ne faisant guère d'autre victime que des petits porteurs ayant capitalisé leur avenir.
La Grèce est au bord de l'implosion, et je ne peux m'empêcher d'y voir une répétition générale avant le grand Crépuscule.

A vingt mille kilomètres de là, on débat tant bien que mal de la construction de notre pays, assise pour bonne part sur une rente nickel fluctuante, en tâchant se convaincre que nous serons indéfiniment épargnés par les soubresauts du monde.

Je vous souhaite malgé tout, chers vous, les heures belles et les pensées douces.



d'autres.




PS : Une analyse qui me parvient ce 10 mai, à travers FaceBook, d'un intérêt majeur en regard de mes assertions :
"Alors voila :
Les agences de notation (AN) sont des structures privées, souvent américaines, qui évaluent les pays. Rien à foutre de la démocratie ou de l'indice de développement humain : les A.N évaluent si on peut faire plein de pognon par tous les moyens dans un pays ou non. Bref, la Chili de Pinochet était bien noté, la France de 81 à 83 mal notée. Leur jugement est regardé à la loupe par les traders. La plus part de ces agences de notation sont liées à un petits groupes de financiers US autour de Goldmann&Sachs. C'est G&S qui a conseillé le gouvernement grec précédent et lui a expliqué comment truquer ses comptes. A l'automne, G&S a organisé un gouter dans un restau de Manhattan avec 50 groupement style hedge found. Ils y ont décidé de spéculer sur les empreints pourris grecs.
Là, c'est un peu compliqué mais c'est important : c'est le truc qui va pulvériser l'économie de tous les pays riches dans les mois qui viennent.
En fait, ils parient sur la valeurs de l'assurance de cette dette. Plus tu as de mal à rembourser, plus ton assurance va devenir chère, et donc avoir de la valeur. Bref, si la Grèce est mal notée, le prix de son assurance, achetée par G&S va augmenter! Bref, G&S a décidé de spéculer contre la Grèce.
Et là, soudain, les agences de notation (amis de G&S) ont fait passer la note de la Grèce de AA+ (bonne note) à AA- (pas bon), puis à BB+ (carrément pas bon).
G&S et tout ses amis se font plein de pognon. Le premier ministre grec Papaandréou obtient un prêt européen (et donc cela signifierait meilleur état de santé économique). Le jour même The Economist (proche de G&S) annonce que la Chine refuserait un énorme prêt à la Grèce, ce qui signifie que la Grèce va très mal. Les traders flippent et la notation de l'assurance explose. Bon, c'était faux, l'histoire chinoise, et The Economist s'est excusé, mais qu'importe ! l'économie grecque continue à s'enfoncer ...
Voila, c'est à la louche, hein. Mais tu vois qui est notre ennemi dans cette histoire."


Illustration : les émeutes de 2009, sur BigPicture

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10 mai 2010

L'expérience "M", par Gwen

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Je m’appelle Jean-Christophe Creugnot, j’ai 46 ans. Je mesure 1m71 et je pèse 80 kilos. Je suis un peu enrobé. Je ne perds plus mes cheveux depuis que j’ai le haut du crâne dégarnie. Ceux qui restent, je les maintiens courts. Je suis marié depuis 17 ans avec Brigitte et j’ai deux enfants : Thérèse (comme ma grand-mère) 16 ans et Lucas (comme le grand-père de mon épouse) 13 ans. Je m’occupe de la comptabilité et du recouvrement dans une agence immobilière depuis presque 20 ans.
Je commence aujourd’hui une expérience visant à renforcer mon estime de moi, à tester la solidité de mon contrat matrimonial et à mesurer mon charisme s’il en est.

La cible de cette expérience est une jeune fille de 25 ans que j’appellerai « M » pour garantir son anonymat. Elle travaille depuis quelques semaines à « Immocal » comme standardiste. M est brune, élancée, les yeux noisettes. Elle porte ses longs cheveux bouclés détachés. M est souvent vêtue de tenues printanières qui offrent au regard ses bras, sa gorge, son cou, ses épaules, son dos, ses cuisses, ses genoux, le galbe de son mollet et ses chevilles. M ne porte jamais de soutien-gorge. M n’a pas de poitrine, pas même des mandarines mais n’ayant jamais été attiré par les gros seins, ça ne me dérange pas. M porte peu de bijoux et se maquille rarement, mais elle n’a pas besoin de ces artifices, M a un sourire qui fait briller ses yeux et elle sourit souvent. M n’est pas d’une beauté renversante mais sa jeunesse lui confère beaucoup de charme.

Je consignerai dans ce cahier les différentes étapes de mon expérience. Mon cahier sera le témoin de l’avancement de mes travaux de recherche.



1er jour :
Machine à café. J’attends qu’elle prenne sa pause pour aller me servir un café, comme par hasard. J’échange quelques mots. Je lui demande si elle se sent bien dans son nouveau travail, je lui offre mes services si elle a des questions ou un problème.

8ème jour :
Machine à café. Comme les jours précédents, je prends ma pause en même temps qu’elle. J’arrive à la faire sourire en sortant une ou deux répliques assez drôles. Elle a même rit à une de mes blagues. Pour l’instant, mon approche est facile.

16ème jour :
Maintenant, nous nous retrouvons chaque jour devant la machine à café. La pause est devenue un rendez-vous tacite entre nous. Nos échanges sont chaque fois plus longs. Ils se font aussi plus intimes. J’apprends qu’elle vit avec deux chatons qu’elle nourrit toutes les quatre heures au biberon. C’est pour cette raison qu’elle ne prend pas sa pause déjeuner au bureau, elle court chez elle et ne prend même pas le temps de manger.

23ème jour :
Délibérément, je ne me précipite pas à la machine à café quand M prend sa pause. Je fais semblant d’être par un dossier urgent. M vient me chercher : « Jycé ? Tu veux que je te prépare un café ? Tu n’as pas le temps de le prendre avec moi ? » M ne m’appelle plus monsieur, ni Jean-Christophe mais Jycé. L’utilisation de ce mignon diminutif nous rapproche et semble effacer notre différence d’âge.

31ème jour :
Depuis quelques jours, nous échangeons des mails à longueur de journée. Elle m’envoie de la poésie et ses états d’âme. J’apprends qu’elle vient de se séparer de son compagnon avec qui elle partageait sa vie depuis deux ans. Elle n’a pas l’air si affecté que ça. Je lui renvoie des courriers de plus en plus impertinents avec des allusions sexuelles à peine voilées.

37ème jour :
Dans un mail, elle avoue être troublée par mes écrits. Je souris. Mais moi aussi, je suis un peu troublée par mes écrits. Je pourrai dire que j’ai validé une première partie de mon expérience. On peut avoir 46 ans et continuer à avoir du charisme voire du sex-appeal, en tout cas dans une relation épistolaire. Je décide de continuer l’expérience.

48ème jour :
Une nouvelle étape a été franchie, aujourd’hui, une nouvelle victoire. M a donné son accord pour me voir hors contexte du travail. Elle accepte de boire un verre avec moi au Bar Ouf. J’ai utilisé mon anniversaire comme prétexte à cette rencontre. Notre rendez-vous est fixé au vendredi soir après le boulot.

Vendredi :
Je passe la journée fébrile. Je suis incapable de me concentrer sur mon travail. A la pause café, je balbutie quelques mots et je l’écourte volontairement. Mon rythme cardiaque me fait craindre une crise de tachycardie. Je préviens ma femme qu’un dossier impayé me retiendra sans doute un peu tard au bureau.
La rencontre hors contexte boulot avec M est un délice, du bonheur à l’état pur. Nous échangeons tendrement. Elle m’offre un recueil de poésie de sa composition. Elle l’a mis en page elle-même avec de nombreux découpages, incrustations de fleurs et traces de rouge à lèvres. Je suis ému. Nous ne nous quittons pas trop tard avec l’échange d’un long baiser langoureux sur le pas de sa porte.

Week-end :
Mon week-end est affreux. Je passe mes journées et mes nuits à me remémorer ce baiser. Je ne peux rien dire à ma femme sur mon tourment. Mon état l’intrigue, elle me questionne.

59ème jour :
Nos échanges au travail sont très complices. Nous nous écrivons à longueur de journée des mails enflammés. Je ne prends même plus la peine d’ouvrir mes dossiers en cours, je n’ai plus le temps. Je rédige des lettres comme jamais auparavant. J’apprends le contenu de chacun de ses mails par cœur. Je passe mes nuits à me redire doucement ses textes. Je ne dors plus. Pour combler mes insomnies, je bois café sur café ce qui réveille mon ulcère et mes aigreurs d’estomac. Mon expérience prend une tournure toute autre que ce que je souhaitais au départ. Après le travail, notre séparation est un enfer pour moi.

68ème jour :
J’ai un peu insisté mais elle a finit par accepter. M accepte que nous nous retrouvions un soir, chez elle, après le travail. Mon expérience pourrait être considérée comme terminée mais je ne peux pas l’arrêter maintenant.

69ème jour :
Nuit d’insomnie. En plus de mon litre de café matinal, j’ai pris un Guronsan pour tenir au boulot.

70ème jour :
Je ne fais que penser à cette soirée chez M. je n’en peux plus d’attendre.

73ème jour :
C’est demain.

74ème jour :
Notre relation sexuelle n’est pas réellement satisfaisante. C’est de mon fait. Trop pressé, trop empressé, je n’ai pas pris le temps de l’écouter, ni de m’écouter. Nous restons allongés l’un près de l’autre, insatisfaits. Ce moment est plein de tendresse. Elle essaie de me consoler en me disant qu’elle trouve ma maladresse charmante. Elle m’assure que ce n’est pas si grave, qu’elle est heureuse, qu’elle a l’impression de se revoir lors de sa première relation, à 16 ans.

75ème jour :
M m’annonce par mail qu’elle regrette, qu’elle a fait une erreur. Elle ne veut pas être une briseuse de ménage. Elle pense à ma femme et à ma famille. Elle est désolée pour eux. Elle pense aux femmes trop souvent blessées par des maris infidèles. Je la supplie silencieusement de ne pas me larguer. Je lui écris aussi, longuement, plusieurs fois. Je lui raconte que mon mariage est embourbé par le poids des années. Elle reste silencieuse.

76ème jour :
Aucun mail de M

84ème jour :
Mes nuits blanchies par le désespoir me font voir ma vie autrement. Je ne parle plus à ma femme, j’ai trop peur de me trahir. Je ressasse sans arrêt les poésies de M. Son recueil ne me quitte plus.

89ème jour
M ne m’écris toujours pas. Elle me fuit pendant la pause café. Je n’arrive plus à travailler, obsédé par son absence, plus encore que par sa présence. En rentrant chez moi, j’explique tout à ma femme. Je suis amoureux, il est encore temps pour moi de commencer une nouvelle vie. Je pars avec une valise et je claque la porte. Je dors à l’hôtel.

90ème jour :
J’explique par mail ma séparation. Je suis un homme libre, enfin. Je suis à elle, tout à M. Je suis son esclave. Mon mail reste sans réponse.

96ème jour :
Je reçois un court mail de M : « Jean-Christophe, nous serons toujours amis mais je ne peux pas vivre avec toi ». Je demande des explications, plusieurs fois mais toutes restent lettres mortes.

105ème jour :
Rodolphe, le gérant d’Immocal me convoque pour un dossier qui aurait du être traité depuis des mois. J’ai oublié. Je l’ai perdu. Je n’ai pas que ça à penser. Je me fiche de ces foutus dossiers. Je l’envoie paître. Il se fâche. Je le baffe. Je suis viré. Je m’en fous. Seul le silence de M accapare mes pensées.

110ème jour :
J’efface toutes les données de mon disque dur. Je quitte définitivement la boite. M me rattrape sur le parking pour me demander si je vais bien. Elle est triste pour moi. Elle pense beaucoup à moi. Je lui manque. Je le savais, on ne peut pas finir comme ça, une si belle histoire d’amour. Elle est amoureuse de moi, j’en suis certain, maintenant.

121ème jour :
M me demande de ne plus l’appeler. Elle me dit qu’elle a rencontré quelqu’un. Un comédien dont elle est amoureuse. Mes appels incessants la gênent.

128ème jour
M ne répond plus au téléphone.

141ème jour :
Le numéro de portable de M n’est plus attribué.

153ème jour :
Je suis arrêté par la police vers 10h30 devant le bureau de l’agence immobilière. Je suis torse nu et je hurle de douleurs le nom de ma dulcinée. Hier, je me suis fait tatouer « Marjorie » en lettre gothique en travers du torse. Je me débats. Je finis sanglé sur un brancard. Je suis interné à l’hôpital de la Trocardière.

C’est sûr, Ils vont me confisquer mon cahier.



Illustration : m, par seafoodmwg, sur DeviantArt

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