Zone d'expérimentation

Sortir de nos lignes de fuite et courir un peu plus vite vers l'horizon. - Atelier d'écriture en groupe -

12 mai 2010

De d'autres

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Nouméa, le 07 mai 2010



Bien chers vous,

Si nombre d'idées ont été offertes à la lecture par traités, thèses ou romans, il apparaît qu'une bonne part d'entre elles naît d'échanges. De conversations, bien sûr, doctes ou avinées, mais également de correspondanc, cette discussion épistolaire en trait d'union entre la parole et l'écriture.
Par ailleurs, la Toile Vorace a institutionnalisé l'échange écrit, par petites touches, vaines ou profonds, à travers fora, commentaires, messagerie instantanée. Une forme de dévoiement du courrier échangé par les gens de lettres au temps où le papier voyageait abondamment. L'immédiateté offerte à tous au détriment de la lente exploration de la pensée.
Et nous sommes là, amateurs d'écriture, écrivains amateurs, affûtant prose et vers sur cette zone d'expérimentation, explorateurs de la formule par jeu.
Aussi est-ce ici que je vous propose, à titre d'exercice permanent, en premier lieu, par souci de nous adonner aux charmes épistolaires, d'autre part, d'initier une variation sur des lettres ouvertes, en lesquelles laisser notre lecture du monde et de l'homme s'étaler.

Ceci admis, comment nous y prendre ? En considérant la présente comme un point zéro à partir duquel réagir, par exemple. Vous avez à y redire, vous avez à partager, vous avez un avis, vous n'êtes pas d'accord avec les postulats ébauchés ou les analyses avancées, là est l'intérêt.
Et plutôt que de réagir sur l'instant, par le biais des commentaires, prenez le temps de formuler, d'articuler votre argumentaire dans le calme de vos hâvres, et postez, sur mrgouillat[at]lecriducagou.com, évidemment. Vos courriers seront publiés au fil du temps, et formeront de nouvelles bases auxquelles répondre.
Par souci de cohérence, précisez juste, au gré de vos lignes, le ou les destinataires de votre réponse (votre serviteur pour la première, donc) et qu'ainsi se tisse la tapisserie d'une correspondance à plusieurs.
Pour justifier également du décalage temporel découlant de ce type d'échange, précisez la date à laquelle rédigez votre courrier, cela pourra nous éclairer, parfois.

Ceci avancé, les sujets de conversation ne manquent pas, l'actualité abonde.
Vous parlerai-je à cette heure, chers vous, du remplacement d'un poilu par un guerrier kanak en guise de monument (temporaire) aux morts (permanents), de ces déferlantes ravageant la promenade des anglais, affirmation supplémentaire d'une explosion climatique qui ne cesse de croître, vous parlerai-je de la jeunesse remuant sur les bancs alors que l'enseignement s'éloigne chaque jour un peu plus de la réalité, vous parlerai-je de la faillite permanent d'une compagnie locale engoncée dans les dysfonctionnements.
Etrangement, me permettrai-je d'ironiser, je préfère me pencher sur le sort de la Grèce.

A ce jour, la situation se résume à quelques constats. Un pays de la grandiloquente Europe est à l'article de la ruine ; pour y faire face, son gouvernement n'a d'autre alternative que de faire appel à la solidarité transnationale, sous une forme ou une autre, et de se résoudre à une politique de restriction ; déjà enflammé il y a plusieurs mois, le peuple grec se soulève contre cet état de fait.
Est-ce faire assaut de pessimisme que d'y lire les prémices d'une fin annoncée du mode de vie occidental ? Il est certes question de la Grèce, pays à la fragilité structurelle qui aura joué des chiffres pour intégrer les rangs de la fastueuse Europe. On pourra certes gloser que les poncifs sur le sud méditerannéen ne concernent guère le nord. Il reste question d'un état européen dont les troubles illustrent le mal-être d'une population soumise aux affres d'un marché qui la dépasse.
Nos économies sont fragiles, la crise majuscule l'a mis en évidence, et partant, nos états sont sur une corde plus raide qu'il y paraît.
Irlande et Portugal sont appelés à être les prochains dominos entraînés dans la chute libre, notre France orgueilleuse erre sans perspective rassurante, portée encore par un poids acquis avec les ans. Même l'Allemagne, apparamment inébranlable, est susceptibel de sombrer lorsque son commerce européen, garantie de sa prospérité, verra ses partenaires se retrancher sur leurs frontières et leurs plans de crise respectifs.
Alors ?

Alors le fossé n'attend que de se creuser un peu plus entre nantis et travailleurs, parce que quoi qu'il advienne, une fortune amputée reste une fortune quand un foyer en perdition met à la rue des desespérés.
Le peuple qui s'agite en Grèce ne défend pas le privilège aboli des treizième et quatorzième mois. Ce peuple ne réagit pas seulement à l'atteinte majeure faite à ses conditions de vie. Ce peuple fait plus que revendiquer en vain la conservation d'acquis sociaux et économiques devenus irréalisables.
Ce peuple au bord de la panique réalise que l'inéluctable est arrivé et qu'il paie pour une gestion politique et un affairisme cynique.
Est-ce donner dans une lutte des classes marxiste que de l'admettre ? Je ne crois pas. Je ne le crois pas quand en contrepoint des heurts sociaux en Grèce, banques et industries persistent à afficher des résultats records.
Ho, bien sûr les bourses vacillent, conscientes qu'une lame de fond est en train de gonfler et que sa déferlante ne saurait tarder. Elles vacillent, sans que soient remis en cause les mécanismes du profit, ne faisant guère d'autre victime que des petits porteurs ayant capitalisé leur avenir.
La Grèce est au bord de l'implosion, et je ne peux m'empêcher d'y voir une répétition générale avant le grand Crépuscule.

A vingt mille kilomètres de là, on débat tant bien que mal de la construction de notre pays, assise pour bonne part sur une rente nickel fluctuante, en tâchant se convaincre que nous serons indéfiniment épargnés par les soubresauts du monde.

Je vous souhaite malgé tout, chers vous, les heures belles et les pensées douces.



d'autres.




PS : Une analyse qui me parvient ce 10 mai, à travers FaceBook, d'un intérêt majeur en regard de mes assertions :
"Alors voila :
Les agences de notation (AN) sont des structures privées, souvent américaines, qui évaluent les pays. Rien à foutre de la démocratie ou de l'indice de développement humain : les A.N évaluent si on peut faire plein de pognon par tous les moyens dans un pays ou non. Bref, la Chili de Pinochet était bien noté, la France de 81 à 83 mal notée. Leur jugement est regardé à la loupe par les traders. La plus part de ces agences de notation sont liées à un petits groupes de financiers US autour de Goldmann&Sachs. C'est G&S qui a conseillé le gouvernement grec précédent et lui a expliqué comment truquer ses comptes. A l'automne, G&S a organisé un gouter dans un restau de Manhattan avec 50 groupement style hedge found. Ils y ont décidé de spéculer sur les empreints pourris grecs.
Là, c'est un peu compliqué mais c'est important : c'est le truc qui va pulvériser l'économie de tous les pays riches dans les mois qui viennent.
En fait, ils parient sur la valeurs de l'assurance de cette dette. Plus tu as de mal à rembourser, plus ton assurance va devenir chère, et donc avoir de la valeur. Bref, si la Grèce est mal notée, le prix de son assurance, achetée par G&S va augmenter! Bref, G&S a décidé de spéculer contre la Grèce.
Et là, soudain, les agences de notation (amis de G&S) ont fait passer la note de la Grèce de AA+ (bonne note) à AA- (pas bon), puis à BB+ (carrément pas bon).
G&S et tout ses amis se font plein de pognon. Le premier ministre grec Papaandréou obtient un prêt européen (et donc cela signifierait meilleur état de santé économique). Le jour même The Economist (proche de G&S) annonce que la Chine refuserait un énorme prêt à la Grèce, ce qui signifie que la Grèce va très mal. Les traders flippent et la notation de l'assurance explose. Bon, c'était faux, l'histoire chinoise, et The Economist s'est excusé, mais qu'importe ! l'économie grecque continue à s'enfoncer ...
Voila, c'est à la louche, hein. Mais tu vois qui est notre ennemi dans cette histoire."


Illustration : les émeutes de 2009, sur BigPicture

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